Conclusion
Les conclusions générales des consultations concernant l’expérience des membres des communautés noires sont cohérentes avec les conclusions citées dans le cadre de la Stratégie de justice pour les personnes noires. Le sentiment dominant était que les participants subissaient constamment diverses formes de discrimination et de marginalisation dans le système de justice du Canada. Si les facteurs socio-économiques et raciaux ont été identifiés comme augmentant les interactions des membres des communautés noires avec le système de justice, le fait d’être noir semble être le facteur le plus important.
L’interconnexion des différents systèmes, comme les services de police, les services correctionnels, les tribunaux, ainsi que la façon dont le racisme envers les personnes noires s’est infiltré dans les politiques et les pratiques de ces systèmes, ont rendu l’expérience des membres des communautés noires extrêmement difficile. Le sentiment général, qu’ils ont exprimé, révèle que le racisme envers les personnes noires se manifeste par des préjugés inconscients et conscients de la part des personnes et des institutions dans les domaines de la santé, du logement, de l’éducation, de l’emploi, de la justice et des services policiers.
Ces déterminants sociaux suggérés sont inextricablement liés et alimentent le cercle vicieux qui empêche les membres des communautés noires de participer pleinement à la vie de la société canadienne.
En ce qui concerne l’interaction avec la police, le principal sentiment exprimé par les participants et les participantes concernant la perception de la police correspond à la perception négative de la police exprimée par l’ensemble de la population noire. Les interactions avec la police ont été décrites comme des situations d’oppression et de marginalisation. La façon dont la police utilise souvent son pouvoir pour discriminer et maltraiter les membres des communautés noires au lieu de les protéger en tant que Canadiens ou résidents a également été soulignée. Bien qu’il était considéré comme important d’établir des relations avec la police, les participants ont évoqué un « déficit de confiance » dû à un recours excessif aux pouvoirs, en violation de la Charte des droits et libertés de la personne. Les participants percevaient les efforts visant à améliorer les relations entre la police et les membres des communautés noires comme superficiels et éprouvaient de la méfiance.
Globalement, l’expérience des tribunaux a été décrite comme désagréable et frustrante. Les participants ont estimé que l’institution ainsi que les juges et les avocats qui l’occupent les traitaient systématiquement de manière injuste et ne tenaient pas compte de leur intérêt dans les processus judiciaires. Ils ont également fait remarquer que le processus judiciaire utilisait des approches plus sévères et qu’il existait des différences entre les différentes races en ce qui concerne les audiences de mise en liberté sous caution et les condamnations, et que les membres des communautés noires étaient condamnés à des peines plus sévères que les membres d’autres races qui commettaient des crimes plus graves.
L’expérience en milieu correctionnel a également été décrite comme désagréable, avec des manifestations quotidiennes de discrimination, de stéréotypes et de préjugés raciaux. Les agents des services correctionnels outrepassent leur autorité et, au lieu d’aider les détenus à acquérir des compétences qui leur seraient utiles après leur incarcération, ils se moquent d’eux et les maltraitent. Cette situation combinée à d’autres problèmes, comme la stigmatisation liée au fait d’être étiqueté comme délinquant, les barrières culturelles et les traumatismes associés, rend la réintégration dans la communauté difficile.
En ce qui concerne les victimes d’actes criminels, il existe un manque important de services et de ressources en matière de soutien émotionnel dans les communautés noires. En l’absence de ces mesures de soutien, les membres des communautés noires s’appuient sur leur richesse culturelle et leur foi pour guérir de leurs expériences traumatisantes. Les participants ont fait part de leurs préoccupations relatives à l’expulsion des non-citoyens qui sont reconnus coupables d’un crime et au manque de connaissance des immigrants quant à leurs droits et responsabilités. Les participants ont notamment vivement réagi à l’expulsion de jeunes ayant passé la majeure partie de leur vie au Canada vers leur pays d’origine, où ils risquent de subir des préjudices.
Bien que les participants soient d’accord avec la proposition de collecte de données sur la race, ils n’ont pas fait de suggestions sur la manière dont ces données pourraient être recueillies et utilisées. Toutefois, ils ont fait part de leurs préoccupations concernant le manque de représentation et d’inclusion des communautés noires dans le cadre des discussions sur les données, sur les raisons pour lesquelles les données doivent être recueillies et sur la manière dont elles seront utilisées. Ils ont mentionné que les données recueillies auprès des communautés noires leur sont rarement communiquées et qu’elles n’aboutissent pas souvent à des résultats positifs. Les participants s’inquiètent également de l’homogénéisation des communautés noires et de leur vécu et appellent à un investissement soutenu pour mieux comprendre les besoins et les défis divers et concevoir des interventions adaptées à la culture.
Enfin, les approches de collecte et d’utilisation des données ont toujours été utilisées pour marginaliser les communautés noires. Il est nécessaire d’approfondir le dialogue avec les communautés noires pour comprendre leurs points de vue sur la manière dont les données pourraient être recueillies et utilisées. Dans le cadre de cette démarche, il est important de porter un regard critique sur les pratiques actuelles et de concevoir des approches inclusives et adaptées à la culture pour la collecte et l’utilisation des données avec et pour les communautés noires.
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