La Loi antiterroriste et les mesures de sécurité au Canada : opinions du public, répercussions et expériences de voyage

6. Analyse et conclusion

Cette étude a examiné les connaissances, les attitudes et les expériences de 1703 Canadiens relativement à la législation antiterroriste, aux mesures de sécurités et à d'autres questions connexes. En outre, cette étude est unique en ce qu'elle a examiné les différences entre les répondants membres de minorités visibles et les répondants non membres de minorités.

Pour la plupart, les résultats indiquent que le niveau de connaissance des Canadiens en ce qui a trait aux mesures prises par le gouvernement pour lutter contre le terrorisme, à l'exception des initiatives (non législatives) touchant les voyages, est assez faible. Cela tient peut-être à la nature complexe de certains des domaines reliés à la lutte antiterroriste. Bien que le ministère de la Justice se soit efforcé d'informer les Canadiens en créant un site Web, l'existence de ce moyen d'information, même s'il est celui que les participants préfèrent, n'est pas largement connue.

En règle générale, les participants appuyaient les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre le terrorisme, estimant que la Loi antiterroriste était nécessaire pour lutter contre le terrorisme et qu'elle avait rendu le Canada mieux protégé contre les activités terroristes. Malgré la promulgation de la Loi antiterroriste pour lutter contre le terrorisme, les Canadiens avaient surtout remarqué les changements dans la sécurité dans les aéroports à la suite des événements du 11 septembre. Compte tenu de l'attention médiatique portée au rôle que la sécurité dans les aéroports avait joué dans les attaques du 11 septembre, et de la couverture subséquente concernant les changements dans la sécurité dans les aéroports, il n'est pas surprenant que les participants aient évoqué ces changements comme une des principales mesures prises par le gouvernement.

La plupart des individus interrogés ont affirmé qu'ils étaient au courant de ce qu'est le profilage racial. Ils estimaient en règle générale que bien que le Canada n'ait pas de politique officielle de profilage des individus en fonction de leur race, ce phénomène se produisait au moins parfois de façon non officielle. La plupart des répondants estimaient qu'il était inapproprié de cibler quelqu'un simplement en fonction de sa race ou de son ethnicité et que cette pratique violerait la Charte canadienne des droits et libertés. Cependant, les répondants estimaient que si un individu était ciblé en fonction de ces facteurs, il obtiendrait quand même un procès équitable au Canada.

Tel qu'indiqué précédemment, l'impact le plus fréquemment cité des mesures de sécurité adoptées à la suite du 11 septembre a clairement été la sécurité accrue dans les aéroports et aux frontières. Le sondage a aussi examiné les expériences de voyage des participants et a révélé que ceux qui avaient subi des vérifications additionnelles avaient subi pour la plupart des fouilles matérielles et personnelles. Il appert que la plupart des répondants estimaient que les mesures de sécurité accrues étaient suffisamment justifiées dans les aéroports aux fins de protéger le public; cet appui était cependant moins élevé dans le contexte du passage aux frontières. L'on pourrait avancer que l'impact visuel des événements du 11 septembre a accentué la crainte d'une attaque terroriste lors de voyages par avion et que ce type de contrôle est perçu davantage comme une source de réconfort que comme une violation.

L'on a relevé certaines différences statistiquement significatives entre répondants membres de minorités visibles et répondants non membres de minorités. Bien qu'une proportion plus élevée de répondants membres de minorités visibles aient déclaré avoir été touchés personnellement par les mesures de sécurité adoptées à la suite des événements du 11 septembre 2001, il n'y avait pas de différences significatives entre leurs expériences respectives tant à la traversée des frontières que dans les aéroports.

De manière générale, les participants membres de minorités visibles étaient plus préoccupés par le recours à la Loi antiterroriste, particulièrement en ce qui concerne les garanties visant à protéger les droits et libertés et l'application de la loi, notamment en rapport avec le risque de profilage racial. Peut-être à cause de ces préoccupations, une plus faible proportion de répondants membres de minorités estimaient que la Loi antiterroriste était nécessaire ou avait rendu le Canada mieux protégé contre les activités terroristes, à comparer aux répondants non membres de minorités.

Dans l'ensemble, même s'il y avait peu de différences significatives entre répondants membres de minorités visibles et non membres de minorités sur le plan des connaissances et des préoccupations relatives au terrorisme, il semble y avoir des différences significatives entre ces deux groupes en ce qui a trait à la conviction générale que le gouvernement et ses institutions assureront un traitement équitable. Enfin, bien que le profilage racial constitue une préoccupation majeure, il n'y avait pas de différences statistiquement significatives entre les répondants membres de minorités visibles et non membres de minorités en ce qui a trait aux vérifications de sécurité additionnelles dans les aéroports et aux frontières.