5. Pratiques pour la création de relations et une mobilisation efficace

La présente section expose certaines pratiques favorisant la création de relations avec les victimes et les personnes survivantes, ainsi qu’avec les membres des quatre communautés concernées : les personnes noires et racisées, les Autochtones, les femmes victimes de violence et les jeunes. Bon nombre de ces pratiques s’appliquent à la création de conseils ou de comités à moyen et long terme, tandis que d’autres conviennent davantage à des activités de consultation précises.

  1. Sécurité des personnes survivantes : Lors des consultations avec les personnes survivantes [traduction] « l’objectif principal doit être de répondre aux besoins des personnes participantes et d’offrir des espaces sûrs aux personnes ayant subi des violences sexuelles Â» (Fifeld et al., s.d.). Pour ce faire, il convient de prévoir des services de soutien en santé mentale lors des consultations avec les victimes et les personnes survivantes, tels que des conseillers et des intervenants de soutien par les pairs. Les effets d’un traumatisme violent peuvent perdurer, et le fait de parler de son expérience peut faire revivre un traumatisme aux personnes survivantes (Fifeld et al., s.d.; Women’s Aid of Northern Ireland et al., 2024; Taylor et Otiende, 2024).
  2. Utiliser une approche tenant compte des traumatismes et de la violence. Offrir un environnement respectueux et sûr aux victimes et aux personnes survivantes qui participent aux mécanismes de mobilisation, y compris aux membres de la communauté qui peuvent ou non divulguer leur histoire personnelle de traumatisme, consiste notamment à garantir à tout moment une approche tenant compte des traumatismes et de la violence.

    [Traduction] « La pratique tenant compte des traumatismes est un cadre axé sur les points forts qui tient compte des conséquences des traumatismes et met l’accent sur la sécurité physique, psychologique et émotionnelle Â» (Women’s Aid Federation of Northern Ireland et al, 2024).

    Ponic et ses collaborateurs soulignent l’importance d’une approche tenant compte des traumatismes et de la violence, étant donné que les traumatismes peuvent résulter de nombreux types d’expériences différents et que les effets traumatiques liés au fait d'avoir subi de la violence peuvent se distinguer d’autres formes de traumatisme (Ponic et al, 2016).

    [Traduction] « Les répercussions traumatiques de la violence ont des effets à long terme sur les victimes, que la violence soit actuelle ou passée. Lorsque les systèmes et les prestataires de services qui travaillent avec les victimes de violence ne comprennent pas les répercussions complexes et durables de la violence et des traumatismes, ils risquent de causer davantage de préjudice Â» (Ponic et al, 2016).

  3. Offrir un environnement sûr sur le plan culturel. Un autre aspect de la sécurité dans les mécanismes de mobilisation est l’importance de la sécurité culturelle, en particulier en ce qui concerne les peuples autochtones, bien qu’elle s’applique également à toutes les communautés culturelles marginalisées. Ce concept a vu le jour en Nouvelle-Zélande à l'initiative d'infirmières travaillant auprès des communautés maories. Il va au-delà de la sensibilisation culturelle (la reconnaissance des différences culturelles) pour s’étendre à des changements de pratiques qui intègrent le respect des différentes visions du monde et la prise de conscience de ses propres préjugés et idées préconçues.

    [Traduction] La sécurité culturelle repose sur la communication, la reconnaissance de la diversité des visions du monde (tant au sein des groupes culturels qu’entre eux) et l’impact des processus de colonisation sur les groupes minoritaires. La sécurité culturelle est un objectif de la formation en soins infirmiers qui permet de dispenser des services sûrs, adaptés et acceptables, tels que définis par les bénéficiaires. (Nursing Council of New Zealand, 2011)

  4. Garder à l’esprit que, pour de nombreuses communautés, et en particulier les communautés autochtones et noires, les interactions avec le système de justice pénale brouillent souvent les frontières entre les rôles de victime directe, de victime secondaire, de victime historique, de délinquant, de témoin et de personne apportant son aide. Les membres des communautés marginalisées qui ont vécu des expériences liées à la criminalité ont souvent dû composer avec les conséquences de plusieurs de ces rôles. La fonction de mobilisation doit tenir compte de la complexité des relations entre les membres de la communauté, ainsi que de leurs liens avec le système de justice pénale.
  5. Reconnaître l’étendue et la complexité de chaque communauté. Par exemple, les communautés noires et racisées constituent en réalité un ensemble de nombreuses communautés, chacune ayant ses propres leaders, ses organisations communautaires et ses façons de faire. Parfois, les mécanismes de mobilisation qui permettent de rassembler différents groupes fonctionnent bien, tandis que dans d’autres cas, il est plus adapté de mener des consultations ou de mettre en place des groupes de travail avec chaque communauté. À cet égard, il convient de suivre les conseils des leaders communautaires.
  6. Tenir compte des principes d’inégalité structurelle et comprendre les rapports de force officiels et officieux qui sont à l’Å“uvre dans la discussion.
  7. Adoptez une approche axée sur les points forts : il est important d’adopter une approche axée sur les points forts tant au niveau individuel qu’au niveau communautaire. Il s’agit là d’un élément de l’approche tenant compte des traumatismes, dans la mesure où elle ne considère pas simplement la victime ou le membre de la communauté comme une personne ayant subi des violences ou des formes de discrimination croisée, mais aussi comme une personne ayant fait preuve de force et de résilience face à ces expériences. Cette approche reconnaît ces capacités et s’appuie sur elles, tant au niveau individuel qu’au niveau communautaire, car chaque communauté apporte son expertise, ses relations, son histoire, ses atouts culturels et d’autres caractéristiques qui lui sont propres.
  8. Concevoir conjointement le processus de mobilisation ou l'organisme collaboratif ou consultatif avec la communauté, en tenant compte des considérations contextuelles évoquées plus haut dans le présent rapport. Ces considérations ont toujours une incidence sur les discussions et les relations avec chacune des quatre communautés cernées.
  9. Il est souvent utile que les activités de mobilisation soient organisées ou coorganisées par des organisations de confiance au sein de la communauté. Ainsi, une organisation issue de la communauté noire organiserait la séance avec des membres de cette communauté. Il peut également s’agir de plusieurs organisations si cela s’avère pertinent dans le contexte. Cette approche est particulièrement efficace lorsque l’organisation de confiance participe à la conception de l’activité, afin de s’assurer qu’elle se déroule de manière à ce que les membres de la communauté se sentent à l’aise et bienvenus. Cela implique de décider conjointement avec l’organisme de confiance du lieu de la consultation, de son format et de son déroulement, ainsi que de l’animation de la séance. La participation de l’organisme de confiance apporte une expertise à la conception de l’événement, renforce sa crédibilité et permet potentiellement de toucher davantage de membres de la communauté, comparativement à une activité organisée uniquement par la police ou par un organisme public.

    Le fait de consulter les victimes et les personnes survivantes au sein de ces communautés rend le rôle d’une organisation de confiance encore plus essentiel.

    [Traduction] « Compte tenu des préjudices associés aux institutions officielles, les processus de participation doivent être menés par les personnes survivantes, se dérouler au sein de la communauté et impliquer des organisations communautaires qui reflètent les populations qu’elles servent Â» (Fifeld et al., s.d.).

  10. Envisager de nommer des coprésidents pour la réunion ou pour l’organisme à long terme en cours de création. L’un des coprésidents serait issu de la communauté et l’autre des services de police ou d’une institution gouvernementale.
  11. Lors de la recherche de membres qui feront partie d'un groupe de mobilisation ou au moment d'inviter des membres de la communauté à des activités de mobilisation, il convient d'adopter une approche intersectionnelle et de veiller à la diversité des participants en matière de genre, de langue, d’âge, d’origine ethnique et culturelle, entre autres facteurs.
  12. Faire appel à des animateurs issus de la communauté. Il s’agit d’animateurs habitués à créer un espace sûr pour les victimes et les animateurs issus de la communauté consultée ou choisis par celle-ci. Il convient de tenir compte de la communauté concernée; par exemple, pour une réunion avec la communauté inuite, il serait important de faire appel à un animateur inuit ou à un animateur connu et apprécié au sein de cette communauté. Les personnes survivantes disent se sentir plus à l’aise dans les tribunes animées par un membre de leur communauté, car elles sont plus enclines à parler de certaines expériences vécues liées à la culture et à la communauté, y compris les expériences de discrimination. Ces mêmes recommandations s’appliquent aux animateurs des mécanismes de mobilisation à moyen et long terme (Catalyst Research and Communications, 2022).
  13. Lors du choix du lieu des réunions ou des événements :
    • Veiller à ce que le lieu et le format de la séance soient accessibles.
    • Choisir un lieu neutre – par exemple, le Conseil sur l’équité police-collectivité se réunit à l’hôtel de ville, et non dans les locaux du Service de police d’Ottawa.
    • Lorsque les membres de la communauté sont invités à participer, privilégier des lieux familiers, sûrs et accueillants.
  14. Pour mobiliser les jeunes, il est souvent utile d’adopter une approche sur mesure qui intègre : les réseaux sociaux, des activités très interactives, des exercices pour renforcer l’esprit d’équipe, des activités sportives, des jeux et des activités sociales, en plus des éléments mentionnés dans les autres points (Komel, 2018).
  15. Garder à l'esprit que l’examen de questions complexes sous différents angles prend du temps. Prévoir suffisamment de temps pour examiner toutes les idées et élaborer des solutions ensemble.
  16. Offrir de la nourriture. La nourriture maintient l’énergie des participants tout au long des rencontres. Plus important encore, elle peut resserrer les liens entre les membres de l’organisme consultatif ou de l’activité et favoriser le développement de relations.
  17. Envisager de rémunérer les participants issus de la communauté. La rémunération peut être un moyen de reconnaître l’expertise que les victimes/survivants apportent à la discussion et peut également contribuer à couvrir les dépenses qu’ils ont pu engager, notamment pour faire garder leurs enfants et se déplacer (Office of Equity, Diversity and Inclusion, s.d.; Taylor et Otiende, 2024).
  18. Bien que les discussions en personne soient préférables pour établir des relations et examiner en profondeur des sujets complexes, il peut arriver que l’on souhaite recueillir l’avis d’un public plus large; dans ces cas-là, il est utile de recourir à plusieurs méthodes pour recueillir des données, notamment (Bureau de l’Ombudsman fédéral, 2024; ministère de la Justice du Canada, s.d.; Azzopardi et al., 2024; Bargen et al., 2019) :
    • entretiens individuels;
    • outils en ligne de divers types, notamment des sondages, des outils interactifs, les réseaux sociaux, etc.;
    • tribunes en personne ou en ligne, notamment des assemblées publiques, des réunions communautaires, des groupes de discussion, des cercles de parole et autres;
    • commentaires par écrit ou par courriel.