2 Méthode
Afin de mieux comprendre les besoins juridiques de certains musulmans au Canada, une étude qualitative a été menée auprès d’adultes musulmans ayant été confrontés à un ou plusieurs problèmes juridiques graves à London ou à Toronto, en Ontario. Les participants ont été recrutés grâce à des dépliants distribués auprès d’organisations communautaires et religieuses (par exemple, des bibliothèques et des mosquées), d’associations à but non lucratif, de centres d’aide juridique et d’épiceries halal à London et à Toronto. Les organisations ont été invitées à afficher les dépliants dans leurs locaux ou à diffuser les documents de recrutement au moyen de bulletins d’information, des réseaux sociaux et du bouche-à-oreille. Des dépliants ont également été affichés un peu partout sur le campus de l’Université Western, et un courriel de recrutement de masse a été envoyé aux étudiants de l’université par le bureau du registraire de cette université.
Les documents de recrutement invitaient les personnes intéressées à remplir un questionnaire de présélection en ligne (voir l’annexe A), qui a servi à évaluer leur admissibilité et à assurer la diversité démographique de l’échantillon de participants. Pour pouvoir participer à l’étude, les participants devaient être de confession musulmane, être âgés d’au moins 18 ans et avoir été confrontés à un problème grave ou à un différend à London ou à Toronto, en Ontario, au cours des trois années précédentes. Le problème ou le différend devait pouvoir être réglé par la voie juridique, même si les participants n’étaient pas tenus d’avoir déjà eu recours au système de justice ou d’avoir résolu le problème pour pouvoir participer. Le questionnaire préalable à la sélection a mis en évidence des exemples de problèmes et de différends graves.
Les personnes admissibles ont été invitées à participer à une entrevue en ligne d’une heure et demie organisée sur Zoom. Les entrevues étaient semi-structurées et s’appuyaient sur un guide d’entrevue comprenant des questions principales et des questions complémentaires (voir l’annexe B). Ce guide est adapté de l’étude de Sutter et Esses (2021) intitulée [traduction] « Examen qualitatif des problèmes juridiques graves auxquels sont confrontés les immigrants à London et à Toronto, en Ontario », réalisée pour le ministère de la Justice du Canada dans le cadre de sa série d’études qualitatives sur les problèmes juridiques graves (https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/jr/enquete-survey.html). Le guide d’entrevue comprenait des questions portant sur le ou les types de problèmes auxquels les participants avaient été confrontés, les stratégies qu’ils avaient mises en œuvre pour tenter de les résoudre, ainsi que les conséquences sociales, économiques ou sur la santé (le cas échéant) qui en avaient découlé. Les entrevues ont été enregistrées en audio et en vidéo, puis transcrites. À la fin de l’entrevue, les participants ont répondu à une série de questions sur les caractéristiques démographiques (voir l’annexe C) et ont reçu une carte-cadeau électronique d’une valeur de 40 $ valable pour les produits Le Choix du Président en guise de remerciement pour le temps qu’ils avaient consacré à l’étude.
Les entrevues ont eu lieu entre août et décembre 2024 et ont été menées par deux étudiants diplômés assistants de recherche de la Faculté des sciences sociales de l’Université Western. Afin de veiller à ce que les entrevues soient menées de manière rigoureuse et cohérente, un guide de formation a été élaboré et remis aux assistants de recherche. Ce guide, qui a été présenté lors d’une séance de formation en équipe, mettait l’accent sur la manière de mener des entrevues dans le respect des différences culturelles, en suivant rigoureusement les guides d’entrevue tout en laissant aux participants la possibilité de communiquer leurs renseignements personnels — parfois sensibles — à leur propre rythme. Les assistants de recherche ont également reçu de la formation, des conseils et de la rétroaction sur leurs compétences pour ce qui est de la conduite d’entrevues, du respect de la confidentialité, de la prise de notes pendant et après les entrevues, ainsi que de l’utilisation des outils technologiques utilisés, tels que Zoom et les logiciels de transmission de fichiers.
Les participants ont été interviewés dans la langue de leur choix. Le questionnaire de présélection et les dépliants de recrutement étaient présentés en anglais, en arabe, en farsi et en ourdou. Tous les documents et activités de l’étude ont été examinés et approuvés par le comité d’éthique de la recherche non médicale de l’Université Western (projet n° 125010).
2.1 Caractéristiques des participants
Au total, 13 adultes musulmans ont été interrogés dans le cadre de l’étude. Parmi les participants, neuf avaient rencontré un problème grave à London, en Ontario, tandis que quatre ont évoqué des problèmes qu’ils avaient rencontrés à Toronto. Les participants étaient âgés de 18 à 47 ans, avec une moyenne d’âge de 28 ans, et la majorité d’entre eux (8) étaient des femmes (voir la figure 1).
Figure 1. Genre des participants – Version texte
La figure montre un graphique circulaire de la répartition du genre des participants.
- 61,54 % de femmes
- 38,46 % d’hommes
Douze participants ont été interviewés en anglais et un en arabe, avec l’aide d’un interprète professionnel, bien que les langues que les participants ont dit parler le plus souvent à la maison couvraient cinq catégories (voir la figure 2)Note de bas de page 3. Tous les participants se jugeaient plus compétents en anglais qu’en français (voir la figure 3).
Figure 2. Langues les plus couramment parlées par les participants à la maison – Version texte
La figure montre un graphique circulaire de la répartition des langues les plus couramment parlées par les participants à la maison, telle que rapportée par les participants.
- 46,15 % arabe
- 23,08 % anglais
- 15,38 % persan
- 7,69 % bengali
- 7,96 % urdu
Figure 3. Moyenne des compétences en anglais et en français déclarées par les participants – Version texte
La figure montre un graphique à barres horizontal avec deux catégories, un pour l’anglais et l’autre pour le français, tous les deux avec une échelle de 0 (« aucune ») à 10 (« excellente »). Chaque langue comporte quatre barres qui représentent les modalités de la langue : l’expression orale, la compréhension, la lecture, l’expression écrite.
La première catégorie montre la compétence auto-déclarée en anglais. Les résultats étaient :
L’expression orale en anglais :
Le résultat le plus élevé : 10
Le résultat le plus faible : 5
Moyenne : 8,58
Compréhension de l’anglais :
Le résultat le plus élevé : 10
Le résultat le plus faible : 5
Moyenne : 8,96
Lecture en anglais :
Le résultat le plus élevé : 10
Le résultat le plus faible : 4
Moyenne : 8,81
Expression écrite en anglais :
Le résultat le plus élevé : 10
Le résultat le plus faible : 4
Moyenne : 8,58
La deuxième catégorie montre la compétence auto-déclarée en français. Les résultats étaient :
L’expression orale en français :
Le résultat le plus élevé : 6
Le résultat le plus faible : 0
Moyenne : 1,92
Compréhension du français :
Le résultat le plus élevé : 9
Le résultat le plus faible : 0
Moyenne : 2,38
Lecture en français :
Le résultat le plus élevé : 9
Le résultat le plus faible : 0
Moyenne : 2,38
Expression écrite en français :
Le résultat le plus élevé : 8
Le résultat le plus faible : 0
Moyenne : 1,54
L’origine raciale ou ethnique déclarée par les participants couvrait trois catégories, la majorité d’entre eux (7) s’identifiant comme arabes (voir la figure 4).
Figure 4. Origine ethnique ou raciale déclarée par les participants – Version texte
La figure montre un graphique circulaire de la répartition de l’origine ethnique ou raciale déclarée par les participants.
- 53,85 % Arabe
- 30,77 % Sud-asiatique
- 15,38 % Asiatique occidental
Cinq participants étaient nés au Canada, tandis que huit y avaient immigré au cours des deux à onze années précédentes. Les pays de naissance autres que le Canada sont présentés dans la figure 5.
Figure 5. Pays de naissance des participants nés ailleurs qu’au Canada – Version texte
La figure montre une carte de plusieurs pays du Moyen-Orient pour montrer la répartition des pays de naissance des participants pour ceux qui ne sont pas nés au Canada.
- 15,38 % Jordanie (2 participants)
- 15,38 % Iran (2 participants)
- 7,69 % Liban (1 participant)
- 7,69 % Syrie (1 participant)
- 7,69 % Arabie saoudite (1 participant)
- 7,69 % Pakistan (1 participant)
Au moment de leur entrevue, 75 % des huit participants immigrants étaient des résidents permanents (4) ou des citoyens canadiens (2; voir la figure 6).
Figure 6. Statut des participants immigrants au moment de l’entrevue – Version texte
La figure montre un graphique circulaire de la répartition du statut des participants immigrants au moment de l’entrevue, tel que rapporté par les participants.
- 50 % Résident permanent
- 25 % Citoyen canadien
- 12,5 % Résident temporaire
- 12,5 % Personne protégée
La majorité des participants (8) ont déclaré avoir fait des études supérieures (voir la figure 7), et bon nombre d’entre eux (6) étaient étudiants au moment de l’entrevue (voir la figure 8).
Figure 7. Niveau d’études le plus élevé du participant – Version texte
La figure montre un graphique circulaire de la répartition du niveau d’études le plus élevé des participants, tel qu’annoncé par les participants.
- 38,46 % Diplôme d’études secondaires (ou l’équivalent)
- 30,77 % Diplôme universitaire de deuxième cycle
- 23,08 % Baccalauréat
- 7,69 % Certificat ou diplôme d’études collégial
Figure 8. Situation professionnelle du participant au moment de l’entrevue – Version texte
La figure montre un graphique circulaire de la répartition de la situation professionnelle des participants au moment de l’entrevue.
- 46,15 % Étudiant
- 15,38 % Sans emploi, à la recherche d’un emploi
- 15,38 % Employé à temps partiel
- 7,69 % Employé à temps plein
- 7,69 % Employé saisonnier
- 7,69 % Personne au foyer
Un participant n’a pas souhaité communiquer le revenu annuel de son ménage, et un autre a indiqué n’avoir aucun revenu à déclarer. Parmi les autres participants, quatre ont déclaré un revenu annuel du ménage inférieur à 45 000 $, deux ont indiqué un revenu annuel compris entre 45 001 $ et 80 000 $, un avait un revenu annuel compris entre 80 001 $ et 130 000 $, et quatre ont répondu que le revenu de leur ménage était supérieur à 130 000 $ par an (voir la figure 9).
Figure 9. Revenu annuel avant impôts estimatif des participants – Version texte
La figure montre un graphique circulaire de la répartition du revenu annuel avant impôts estimatif des participants.
- 7,69 % Préfère ne pas répondre
- 7,69 % Aucun
- 30,77 % De 0,01 $ à 45 000 $
- 15,38 % De 45 001 $ à 80 000 $
- 7,69 % De 80 001 $ à 130 000 $
- 30,77 % Plus de 130 000 $
2.2 Analyses
Les données recueillies lors des entrevues ont été analysées à l’aide d’une analyse thématique, ce qui signifie que les réponses des participants ont été classées et triées afin de dégager les tendances et thèmes communs. Les analyses ont été réalisées à l’aide d’une approche intersectionnelle, en appliquant la méthode de l’ACS Plus (Femmes et Égalité des genres Canada, 2022). En recourant à l’approche de l’ACS Plus, les auteures ont cherché à comprendre de manière nuancée comment les expériences des participants ont été façonnées par les différentes dimensions de leur identité, qui s’entrecroisent.
Des citations directes des participants ont été intégrées tout au long de la section consacrée aux résultats, avec leur autorisation. Les citations ont été légèrement modifiées par souci de clarté et de concision. L’intégration de citations permet d’illustrer les thèmes principaux cernés et de mieux mettre en avant les témoignages et les expériences des participants.
Les analyses portaient principalement sur :
- les types de problèmes rencontrés par les participants et les facteurs qui ont contribué à ces problèmes;
- les stratégies employées par les participants pour résoudre leurs problèmes, y compris les difficultés et les résultats associés à ces stratégies;
- la question de savoir si les participants ont cherché à résoudre leurs problèmes en faisant appel au système de justice et, dans le cas contraire, pourquoi;
- les conséquences économiques, sociales et en matière de santé qui découlent des différents problèmes.
Les analyses ont également cherché à déterminer si les expériences des participants étaient liées à des caractéristiques personnelles, telles que le genre, l’âge, la maîtrise de l’anglais, etc. Ces considérations s’inscrivent dans le cadre de l’approche de l’ACS Plus, qui reconnaît que la combinaison de caractéristiques personnelles (ainsi que de facteurs externes) produit des résultats propres à chaque individu ou groupe. Les résultats mettent donc en évidence des thèmes communs à plusieurs participants, voire à l’ensemble d’entre eux, tout en présentant parfois des observations propres à un ou à quelques participants seulement.
2.3 Difficultés liées à la recherche
Malgré le recours à plusieurs stratégies de recrutement, l’équipe de recherche a rencontré des difficultés le moment venu de recruter des participants à cette étude. De nombreux participants potentiels, en particulier les femmes musulmanes, hésitaient à faire part de leurs préoccupations personnelles concernant des questions d’ordre juridique. De plus, certaines organisations n’étaient pas disposées à aborder les implications juridiques potentielles liées aux conflits personnels et familiaux et se montraient réticentes à communiquer les résultats de l’étude à leurs membres. La taille finale de l’échantillon est donc inférieure à ce qui était prévu. Compte tenu de la taille réduite de l’échantillon, les résultats ont été regroupés pour London et Toronto afin de préserver la confidentialité des participants. Il convient également de souligner que des techniques d’échantillonnage par commodité et en boule de neige ont été utilisées aux fins de l’étude, ce qui signifie que l’échantillon n’a pas été sélectionné de façon à être représentatif de la population dans son ensemble.
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