Introduction
Selon le Recensement de 2021, 1,2 % de la population de la Colombie-Britannique s’identifie comme Noire. Ce pourcentage n’est pas élevé par rapport à celui de l’Ontario où 5,5 % de sa population est noireNote de bas de page 2. Pourtant, les préoccupations concernant les disparités dans le traitement des personnes noires par les organismes d’application de la loi et dans le cadre du système de justice demeurent tout aussi vives. Par exemple, dans les deux provinces, en 2020-2021, les délinquants noirs étaient surreprésentés en ce qui concerne l’admission aux services correctionnels provinciaux. Même si seulement 1 % de la population adulte en C.-B. est noire, les adultes noirs représentaient 3 % des admissions en détention, 2 % des admissions aux services communautaires et 2 % des admissions aux services correctionnels dans la provinceNote de bas de page 3. Comme le professeur Scot Wotley l’a constaté après avoir analysé les données des services de police de Vancouver et de Nelson et de la GRCNote de bas de page 4 de Surrey, de Duncan et de Prince George : [Traduction] « Les personnes autochtones et noires sont exagérément ou largement surreprésentées dans les statistiques sur les arrestations et les incidents pouvant donner lieu à des accusationsNote de bas de page 5. »
[Traduction] « Les personnes noires étaient 5,3 fois plus susceptibles d’apparaître dans les données sur les arrestations du Service de police de Vancouver que leur présence dans la population générale ne le laisserait supposer. De plus, le taux annuel moyen d’arrestation de personnes noires est 4,7 fois plus élevé que le taux d’arrestation des personnes blanches et 5,3 fois plus élevé que la moyenne de la ville » – Professeur Scot WortleyNote de bas de page 6. »
De plus, lorsque l’intervention de la police concerne des personnes qui éprouvent des problèmes de santé mentale, [Traduction] « Les personnes noires, arabes et de l’Asie occidentale sont aussi largement surreprésentées dans ces types d’interactions avec la police dans de nombreuses administrationsNote de bas de page 7. »
Les consultations que nous avons tenues dans le cade de ce projet visaient à connaître les histoires, les sentiments et les points de vue des personnes d’ascendance africaineNote de bas de page 8 de la Colombie-Britannique et à y avoir accès, afin de mettre en contexte et de mieux comprendre les statistiques telles que celles citées ci-dessus, des chiffres qui racontent une histoire malheureuse d’inégalités et de disparités préjudiciables.
Comme l’indique le British Columbia’s Office of the Human Rights Commissioner (BCOHRC) [Traduction] « L’époque du débat sur la question de savoir si le racisme systémique existe dans les services de police est révolu – en particulier, mais pas exclusivement, dans la mesure où il touche les personnes autochtones et noires de la Colombie-Britannique. Il est temps d’agirNote de bas de page 9. »
Au sujet de notre organisation
L’ African Arts and Culture Community Contributor Society Inc. (AACCCS) a entrepris les recherches et les consultations qui ont servi à l’élaboration du présent rapport dans le cadre du projet de justice pour les personnes noires. L’AACCCS, également connu sous le nom Issamba Centre, est un organisme sans but lucratif dirigé par des personnes noires et dont le siège social est situé à Victoria, en Colombie-Britannique (C.-B.). L’AACCCS a deux mandats principaux. L’un consiste à faire mieux connaître et comprendre la richesse et la diversité des cultures et des traditions africaines en C.-B. L’autre mandat consiste à appuyer des projets qui permettent d’augmenter la portée et l’incidence des mesures visant à promouvoir le développement des communautés noires en Colombie-Britannique et partout au Canada. Dans le cadre de ses deux mandats, l’AACCCS a prospéré en tant que principal partenaire, solliciteur et promoteur de personnes d’ascendance africaine en C.-B. L’AACCCS dispose au quotidien d’une petite équipe composée d’une directrice exécutive, d’un administrateur, d’un gestionnaire des communications et d’une gestionnaire de projet. Malgré la taille de son effectif, l’AACCCS est l’une des principales organisations en C.-B. en ce qui a trait à la conception et à la mise en œuvre de projets de recherche et de projets non liés à la recherche qui mettent en évidence les préoccupations et les points de vue des personnes d’ascendance africaine en C.-B. et les orientent vers des partenaires gouvernementaux dans le but d’approfondir l’équité, la diversité et l’inclusion dans tous les domaines de la vie. Ces projets de recherche comprennent le projet Black in BC (financé par le gouvernement de la C.-B.), le projet de logement Black in BC (financé par BC Housing) et le projet Black in BC COVID-19 (financé par l’agence de santé publique du Canada). Dans le cadre du présent projet sur la justice pour les personnes noires, l’AACCCS a tiré parti de son expérience, de ses partenariats et de ses recherches antérieures.
Méthodes
Dans le cadre du présent projet, l’AACCCS a utilisé une approche mixte pour les consultations. L’approche comprenait une conversation communautaire, des discussions de groupes de réflexion, des entrevues et une analyse des données de sondage.
Conversation communautaire
La conversation communautaire a été réalisée virtuellement et comptait environ 20 participants au cours de la séance. Les participants ont été recrutés de trois principales façons. Tout d’abord, l’AACCCS a envoyé une invitation à toutes les personnes figurant sur sa liste d’envoi. En deuxième lieu, l’AACCCS a publié une affiche d’événements sur les plateformes de médias sociaux pour inviter les membres de la communauté à participer. En troisième lieu, l’AACCCS a envoyé des invitations ciblées pour faire en sorte que les membres de la communauté qui ont une certaine expérience en matière de sécurité et de justice aient la possibilité de participer.
Tous les participants se sont identifiés comme Noirs, à l’exception d’une personne qui s’est identifiée comme Blanche. Nous avons choisi d’avoir une conversation virtuelle pour donner à toutes les personnes intéressées de la province l’occasion de participer sans aucun obstacle. De façon positive, nous avons reçu la participation de personnes de toute la province et d’un public composé de personnes de tous les âges, genres et intérêts professionnels. Dans l’ensemble, il y avait plus de participantes que de participants. Le groupe comprenait des personnes qui travaillaient avec des jeunes incarcérés et quelques personnes qui avaient passé du temps en prison pour une raison ou une autre.
La séance a été tenue sur la plateforme Zoom et a durée 120 minutes. La séance a permis aux participants de discuter ouvertement de sujets et de questions et a été animée par une femme noire qui a beaucoup d’expérience dans la conduite de conversations communautaires, une militante pour l’équité qui comprend la dynamique des préoccupations raciales et de la politique en Colombie-Britannique.
Compte tenu de la nature délicate des problèmes, l’AACCCS a intentionnellement créé un segment au cours de la conversation virtuelle pour permettre aux participants de répondre à un sondage en ligne. Ce sondage visait particulièrement à recueillir d’autres points de vue et expériences personnels qu’il n’était peut-être pas souhaitable de communiquer publiquement.
Discussions du groupe de réflexion
L’AACCCS a organisé une discussion d’un groupe de réflexion avec trois policiers noirs qui travaillaient dans différentes administrations de la Colombie-Britannique. Il s’agissait tous de policiers, ce qui témoigne de la rareté de policières noires dans la province. Étant donné que le nombre de policiers noirs en C.-B. est négligeable, ces trois policiers ont été identifiés et invités directement. La conversation menée virtuellement, était d’une durée de 90 minutes et s’est déroulée sur la plateforme Zoom. La conversation particulière avec les policiers noirs avait pour but de connaître et de comprendre leurs points de vue uniques en tant qu’agents d’application de la loi dans un système de justice où il n’y en a que quelques-uns, mais aussi en tant que policiers noirs qui comprennent mieux le système des services de police et les populations noires. Fait intéressant, ces mêmes policiers, lorsqu’ils ne sont pas en uniforme, pourraient faire l’objet de racisme et de discrimination policière. Il a donc été utile d’écouter ces policiers, surtout pour trouver des solutions possibles en vue d’améliorer les services de police et le système de justice pénale et le système de justice en général. Afin de protéger davantage l’identité et les points de vue des policiers, seuls les policiers et le personnel de l’AACCCS ont participé à cette séance.
Entrevues
Une organisation partenaire, Risebridge, établie à Nanaimo, en C.-B., a demandé la participation et les réponses au moyen d’entrevues individuelles. Risebridge offre un espace sécuritaire comportant peu d’obstacles, des programmes d’autonomisation, des activités de mobilisation communautaire et des services de soutien pour la région du centre de l’île. Dans le cadre de ce projet, Risebridge a profité des activités de la journée permettant l’accès aux ressources pour interroger 11 personnes. Risebridge a obtenu le soutien de deux autres organisations, soit Connective society et New Hope Salvation Army pour recruter les participants. Les personnes interrogées étaient principalement des habitants de Nanaimo ou de Parksville, la plupart se sont identifiés comme étant des hommes et avaient déjà été arrêtés par la police. Les participants, selon leur niveau de confort, ont été guidés au moyen d’une version imprimée ou d’une version en ligne de notre sondage sur le projet mené à l’interne sur Survey Monkey.
Données du sondage
Afin de compléter les données recueillies lors des conversations susmentionnées, l’AACCCS s’est appuyée sur les riches données recueillies dans le cadre du projet de recherche Black in BC. Le sondage multithématique Black in BC, publié en 2021, a attiré plus de 1 200 participants de la C.-B., qui s’identifiaient comme Noirs. L’un des principaux thèmes du sondage est la justice et la sécurité communautaire. Ainsi, il convenait de revoir attentivement l’ensemble de données, de recoder et d’apparier les milliers de réponses ouvertes aux questions et aux thèmes particuliers du projet Black Justice actuel, le cas échéant. Ces commentaires supplémentaires ont enrichi l’analyse de ce projet et ont permis d’approfondir les connaissances.
Défis
Il a été difficile d’entreprendre ce projet pour plusieurs raisons.
En premier lieu, les délais étaient très courts. Lorsque l’AACCCS a communiqué avec nos partenaires pour les encourager à organiser des conversations dans le cadre de ce projet, la préoccupation générale était que les délais étaient trop courts. Même certains partenaires qui étaient prêts à relever le défi n’ont finalement pas pu participer à ces conversations en raison de délais très courts.
Le deuxième défi était le nombre de thèmes et de questions à aborder dans le cadre de ce projet. Lorsque nous avions un groupe pour discuter des questions, il était difficile pour eux de les examiner toutes.
La troisième préoccupation majeure est la nature des sujets à discuter. Idéalement, nous aurions aimé rejoindre un plus grand nombre de participants qui ont eu des problèmes importants avec le système de justice pénale et le système de justice dans le passé. Toutefois, ces personnes ne se sentent pas à l’aise de discuter de ces questions pour diverses raisons, notamment la nécessité de protéger la vie privée et la crainte d’être traumatisées de nouveau. De plus, la C.-B. compte généralement une population noire relativement limitée par rapport à plusieurs autres provinces, ce qui réduit davantage le bassin de participants ayant des problèmes importants avec les systèmes de justice pénale et le système de justice.
Relever les défis
Afin de relever les défis cernés, nous avons offert l’option de notre sondage anonyme virtuel.
De façon positive, les participants noirs, qui étaient plus de 1 200 et qui ont répondu à des questions sur la justice et la sécurité communautaire dans le sondage Black in BC ont fourni une occasion propice de contrer la participation limitée et de permettre de combler les écarts en matière de sentiments. Le sondage contient des histoires et des préoccupations très riches concernant la justice, les services de police et les systèmes judiciaires ainsi que des propositions pour des changements bien réfléchies qui ont été intégrés à notre analyse dans le présent rapport.
Approche adoptée pour l’analyse des données
Aux fins de la collecte des données, le personnel de l’AACCCS a pris des notes pour les deux séances qu’elle a organisées. Les données ont également été recueillies à l’aide d’un sondage facultatif en ligne. Risebridge a également remis des notes tirées des entrevues qu’elle a menées. Nous avons également examiné les milliers de réponses liées à la justice et à la sécurité communautaire tirées du sondage Black in BC.
Pour des raisons d’analyse et de synthèse, une approche thématique a été adoptée pour coder toutes les données recueillies. Les thèmes proposés aux fins de la réalisation de ce projet étaient les suivants : les démêlés avec le système de justice pénale, les services de police, les services correctionnels, les tribunaux et les lois, la réintégration et la réinsertion, la collecte de données, l’immigration ainsi que les victimes et les survivants.
Dans chaque thème, les données ont été triées selon trois catégories principales : expériences, préoccupations et recommandations. Ainsi, pour chaque thème, les données ont été codées pour tenir compte de ce que les personnes pensent et de la nature de leur expérience, des préoccupations particulières des personnes ainsi que des propositions qui, selon elles, peuvent atténuer ces préoccupations. À la demande des concepteurs du projet, les recommandations formulées par les participants ont également été guidées par les propositions offertes par le projet.
Afin de formuler les principales conclusions et recommandations, nous avons recherché les états d’esprit, les préoccupations et les recommandations dominants pour chaque thème. Le terme « dominant », tel qu’il est utilisé dans le présent document, désigne les états d’esprit et les points de vue qui ont été exprimés de façon plus générale. Fait important, cela ne veut pas dire que nous avons eu recours à une approche quantitative pour représenter uniquement ce qui était généralement pris en compte. L’approche consistait à commencer par ce qui était le plus largement exprimé, mais complété par d’autres points de vue importants, même s’il s’agissait d’un point de vue que nous n’avons entendu qu’une seule fois. Heureusement pour notre analyse, les commentaires que nous avons reçus des membres de la communauté n’étaient guère contradictoires et étaient généralement cohérents lorsqu’ils étaient juxtaposés.
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