Services correctionnels

Les témoignages des détenus ont souligné l’omniprésence d’inégalités systémiques et individuelles, de racisme et d’un manque profond de compréhension interculturelle entre le personnel correctionnel et les détenus. De nombreux détenus ont également indiqué que les membres du personnel blancs manifestaient de la compassion et du favoritisme à l’égard des détenus blancs parce qu’ils établissaient des parallèles avec leurs relations familiales, tandis que les détenus noirs étaient souvent tous « mis dans le même panier ». Les détenus ont aussi évoqué l’emplacement des prisons et remarqué que les membres du personnel devaient fréquenter peu de personnes noires avant d’intégrer le système correctionnel, ce qui a mené à des préjugés fondés sur les représentations médiatiques des personnes noires.

Par ailleurs, les détenus noirs ont insisté sur le manque profond de compréhension interculturelle chez les agents correctionnels, manque qui contribue à la surreprésentation marquée des personnes noires dans les établissements à sécurité maximale. Le stéréotype répandu qui peint les personnes noires comme violentes, agressives et énervées de nature perpétue le traitement déshumanisant qu’elles subissent, qui se rapproche de celui réservé aux animaux. « Nous sommes des animaux aux yeux des agents correctionnels. »

Les détenus ont évoqué le mauvais traitement dont ils sont victimes, de fouilles illégales à l’annulation de visites avec des proches qui ont voyagé pendant des heures pour les voir. Parmi les 50 détenus interrogés à l’Établissement de Warkworth, tous se sont entendus sur le fait que les familles noires font l’objet de fouilles plus sévères que les familles blanches.

La plupart des détenus ont aussi affirmé que toute mesure de soutien mise à leur disposition est délibérément sabotée et qu’ils reçoivent trop peu d’aide adaptée à la culture. Ils ont convenu qu’il existe une disparité raciale marquée relativement aux taux d’approbation de libération conditionnelle, de placement dans des programmes et d’acheminement vers des établissements à sécurité moindre.

Les personnes qui étaient incarcérées dans des établissements correctionnels provinciaux pendant la pandémie de COVID-19 ont relaté les conditions déplorables qu’elles ont vécues dans l’attente de leur procès. On note qu’une grande proportion des personnes placées en détention préalable au procès sont noires, un phénomène qui met en évidence les manifestations systémiques de l’injustice raciale. « Nous acceptons des transactions pénales pour sortir de l’enfer, même si nous sommes innocents. »

Par ailleurs, les détenus ont convenu que de recevoir l’étiquette de GMS ou de membre d’un gang est un exemple de racisme inhérent qui perpétue les stéréotypes à l’égard des personnes noires provenant de quartiers à risque élevé. Dans leur grief collectif, les détenus ont déclaré que ce genre d’étiquetage est souvent erroné et qu’il représente donc de graves dangers pour leur sécurité. Les conséquences se répercutent sur divers aspects de l’incarcération, comme les conditions de vie, l’accès à des programmes et à des mesures de soutien, les expériences, l’employabilité, le taux de rémunération et les possibilités de libération conditionnelle. Plus encore, l’absence d’un mécanisme structuré pour éliminer le phénomène d’étiquetage aggrave le problème, ce qui donne lieu à un cycle inquiétant où les détenus entrent dans le système de justice pénale sans affiliation à un gang et en ressortent avec une étiquette à cet égard, peu importe leur statut initial.

On s’inquiète aussi grandement du manque de programmes offerts aux membres d’un gang pour les aider à rejeter les mentalités négatives et à les surmonter, et éventuellement à laisser ce mode de vie derrière eux. L’incarcération est censée réhabiliter les détenus, mais, s’ils ne disposent pas de mesures de soutien appropriées, les détenus noirs ne peuvent pas bien répondre à leurs propres besoins. On constate clairement cette dynamique dans les taux élevés d’appartenance à un gang, aussi bien chez les personnes qui sont déjà affiliées lorsqu’elles arrivent dans un établissement correctionnel que chez celles qui ne le sont pas encore, mais qui deviennent plus tard mêlées à un gang ou associées à un gang par erreur. Ces disparités mettent en lumière la nature contradictoire du système de justice. Par exemple, une analyse comparative entre un GMS du Québec, une bande de motards incarcérés et la mafia a fait ressortir des différences frappantes parmi les mesures de soutien offertes, ce qui met encore plus l’accent sur les inégalités systémiques auxquelles font face les détenus étiquetés comme membres d’un GMS en Ontario.

Le problème cerné par rapport aux établissements vient d’un manque apparent de responsabilisation comme les établissements ne disposent d’aucun mécanisme de surveillance efficace. En effet, l’approche du SCC leur accorde la capacité de s’autogouverner. Or, cette autonomie maintient des obstacles persistants, un traitement inégal et la discrimination dont les détenus sont victimes, ce qui fait perdurer les obstacles systémiques. « La prison ne réhabilite pas. Elle dégrade les personnes noires. » (Établissement de Collins Bay)

Nous avons mené un total de 280 entrevues dans le cadre de notre étude. Parmi elles, 20 ont eu lieu avec des fournisseurs de services, des employés en établissement et des dirigeants, et 15 avec des jeunes ayant une expérience vécue. La majorité de nos entrevues, c’est-à-dire 245 d’entre elles, ont été réalisées auprès de détenus dans trois établissements fédéraux : Beavercreek, Warkworth et Collins Bay. Le grand nombre d’entrevues a permis de recueillir les divers points de vue et observations des intervenants du système de justice pénale.

Le tableau suivant résume les expériences des détenus avec les services correctionnels :

Version texte

Ce tableau détaille les réponses à des questions sur l’accès à des programmes de réadaptation adaptés à leur culture et adaptés à leurs besoins, sur la question de savoir si les personnes noires sont mal comprises et traitées de manière inégale par les gardiens par rapport aux personnes non noires, et sur la question de savoir si elles ont observé ou subi du racisme anti-Noirs dans les établissements fédéraux, provinciaux ou pour jeunes contrevenants. Le tableau détaille la répartition des réponses, y compris celles qui étaient d’accord et celles qui n’ont pas répondu.

Avez-vous accès à des programmes de réhabilitation sensibles à la culture et adaptés à vos besoins?

  • Sans objet (4)
  • Oui (0)

Pensez-vous que les noirs sont plus incompris par les gardiens que les personnes non noires et que, pour cette raison, ils sont traités de manière inégale?

  • Sans objet (5)
  • Oui (240)

Avez-vous observé ou subi du racisme anti-Noir dans une institution fédérale?

  • Sans objet (75)
  • Oui (204)

Avez-vous observé ou subi du racisme anti Noir dans une institution provinciale?

  • Sans objet (76)
  • Oui (203)

Avez-vous observé ou vécu du racisme anti-Noir dans une institution pour jeunes délinquants?

  • Sans objet (220)
  • Oui (25)

Le tableau ci-dessous résume les recommandations formulées à l’égard des corrections, ainsi que les proportions de participants qui étaient d’accord avec chacune d’elles, ainsi que ceux qui n’ont pas répondu.

Recommandations de la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires Détenus en accord S. O. (les détenus n’ont pas répondu pour diverses raisons)
  • Examiner régulièrement les pratiques disciplinaires afin de déceler les préjugés dans le traitement des prisonniers noirs
47 % 53 %
  • Veiller à ce que les décisions de transfèrement non sollicité ne soient pas influencées par des préjugés raciaux
73 % 19 %
  • Élaborer des solutions de rechange à l’isolement et veiller à ce que les décisions concernant son utilisation pour les prisonniers noirs soient exemptes de préjugés raciaux
36 % 64 %
  • Examiner et réviser les politiques et la formation relatives au recours à la force pour s’assurer que les interactions entre le personnel correctionnel et les détenus noirs ne comportent pas de préjugés raciaux, et offrir une formation continue au personnel correctionnel sur les techniques de désescalade et les méthodes de rechange au recours à la force
80 % 20 %
  • Accorder la priorité à l’accès à l’éducation, à la formation et à d’autres programmes pour les détenus noirs et établir des partenariats avec les organisations communautaires qui peuvent offrir des services et un soutien spécialisés aux détenus noirs
85 % 15 %
  • Examiner et réviser les procédures de classification de la sécurité et les procédures d’étiquetage des gangs pour s’assurer qu’elles sont exemptes de préjugés raciaux, et offrir une formation au personnel participant au processus de classification afin de reconnaître et d’atténuer l’incidence des préjugés inconscients
79 % 21 %

Parmi ces recommandations de la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires, les suivantes ont été mentionnées par les 245 détenus des établissements de Beaver Creek, de Warkworth et de Collins Bay, qui ont aussi suggéré des mesures pour les mettre en œuvre.

  1. Examiner et réviser les procédures de classification de la sécurité et les procédures d’étiquetage des gangs pour s’assurer qu’elles sont exemptes de préjugés raciaux, et offrir une formation au personnel participant au processus de classification afin de reconnaître et d’atténuer l’incidence des préjugés inconscients.
  2. Accorder la priorité à l’accès à des programmes d’éducation et de formation et à d’autres programmes pour les détenus noirs.
  3. Établir des partenariats avec des organisations communautaires qui peuvent offrir des services spécialisés et du soutien aux prisonniers noirs.
  4. Autres questions et recommandations.

1. Examiner et réviser les procédures de classification de la sécurité et les procédures d’étiquetage des gangs pour s’assurer qu’elles sont exemptes de préjugés raciaux, et offrir une formation au personnel participant au processus de classification afin de reconnaître et d’atténuer l’incidence des préjugés inconscients

Étiquetage des détenus – GMS et gangs

Lors des entrevues, 245 hommes incarcérés ont exprimé des préoccupations quant au racisme envers les personnes noires et aux stéréotypes découlant des étiquettes de GMS et d’association à un gang. Ainsi, les jeunes noirs sont susceptibles de recevoir une étiquette de GMS s’ils viennent de quartiers de haute priorité, même s’ils ne font partie d’aucun gang. Pour cette raison, les personnes noires venant de quartiers défavorisés de la région du Grand Toronto, où les gangs et les armes à feu sont très présents, pourraient se voir étiquetées comme des GMS. Nous admettons qu’il faut maintenir la sécurité en séparant les personnes provenant de quartiers rivaux; toutefois, l’étiquetage erroné des détenus est un grand problème. On ne doit en aucun cas incriminer une personne de façon injuste simplement parce qu’elle habite dans un quartier en particulier. Or, une tendance inquiétante s’observe chez de nombreuses personnes noires qui arrivent en prison sans étiquette d’appartenance à un GMS. Ces personnes finissent par recevoir cette étiquette en raison de leur quartier d’origine ou d’associations existantes au sein de la prison. Cette pratique soulève des préoccupations fondamentales quant à la catégorisation équitable et exacte des détenus noirs.

L’attribution d’une étiquette de GMS ou d’affiliation à un gang peut gravement nuire à la qualité de vie des personnes incarcérées. En effet, cette désignation s’accompagne de conséquences tentaculaires qui touchent les classifications de sécurité, les placements, les perspectives d’emploi, les taux de rémunération, l’accès à des privilèges et les possibilités de libération conditionnelle. De plus, non seulement est-il presque impossible de se défaire d’une étiquette erronée, mais celle-ci pose aussi de graves problèmes de sécurité. On remarque également l’absence de programmes conçus pour aider les membres d’un gang à se réhabiliter ou à abandonner ce mode de vie. Une telle lacune suscite de graves préoccupations, d’autant plus que l’incarcération est censée réhabiliter les détenus. Sans les structures de soutien nécessaires, les détenus noirs ne peuvent pas efficacement contester les mentalités, les obstacles et les comportements propres à la culture des armes à feu et des gangs. Cette tendance touche autant les détenus qui sont déjà affiliés à un gang lorsqu’ils arrivent dans les établissements correctionnels que ceux qui ne le sont pas encore, mais qui se retrouvent plus tard mêlés à un gang ou qui y sont associés par erreur. De telles disparités mettent en évidence les contradictions inhérentes au système de justice et évèlent un besoin urgent d’instaurer des interventions adaptées et des mesures de réhabilitation complètes.

« Une étiquette de gms, c’est comme une marque indélébile. » (Établissement de Collins Bay)

À la lumière de ces renseignements, le tableau 2 présente les recommandations des 245 détenus interrogés concernant l’attribution d’étiquettes de GMS.

Tableau 2 : Recommandations concernant l’attribution d’étiquettes de GMS

Tableau 2 : Recommandations concernant l’attribution d’étiquettes de GMS
Version texte

Ce tableau illustre les recommandations formulées par les 245 détenus interrogés concernant l’étiquetage des gangs des groupes menaçant la sécurité (GMS). Le chiffre comprend les proportions de participants qui étaient d’accord avec chaque recommandation, ainsi que ceux qui n’ont pas répondu.

Existe-t-il actuellement des programmes qui suppriment l’étiquette?

  • Sans objet (2)
  • Oui (243)

Il n’existe actuellement aucun programme de réhabilitation qui s’adressent au gms

  • Sans objet (2)
  • Oui (243)

Vivre avec une étiquette gms a un impact négatif sur la vie -incarcération, libération conditionnelle?

  • Sans objet (2)
  • oui (243)

L’étiquetage incorrect des gms est préjudiciable à la sécurité de chacun

  • Sans objet (68)
  • Oui (177)

Estimez-vous que les individus sont incorrectement étiquetés aux gms?

  • Sans objet (48)
  • Oui (197)

Les détenus noirs étiquetés gms reçoivent-ils un traitement différent des détenus non noirs étiquetés gms?

  • Sans objet (58)
  • Oui (187)

Pensez-vous que l’etiquette gms stereotype les quartiers noirs?

  • Sans objet (58)
  • Oui (187)

Pensez-vous que l’étiquette gms stéréotype les noirs incarcérés?

  • Sans objet (2)
  • Oui (243)

Pensez-vous que les noirs sont davantage étiquetés que les autres races, malgré leur implication ou leur affiliation à des gangs?

  • Sans objet (5)
  • Oui (240)

Estimez-vous que les étiquettes gms sont injustes, racistes et stéréotypées?

  • Sans objet (2)
  • Oui (243)

Témoignages, mot pour mot, de détenus concernant l’attribution d’étiquettes de GMS

« Les personnes noires reçoivent une étiquette de GMS en raison de l’endroit d’où elles viennent. »

(Établissement de Beaver Creek)

« L’étiquette de GMS a été conçue pour les personnes noires. »

(Établissement de Collins Bay)

« Une personne blanche qui vient du même quartier et qui fait face aux mêmes accusations ne sera pas étiquetée comme faisant partie d’un GMS. »

(Établissement de Collins Bay)

« Le SCC abuse depuis des dizaines d’années de l’utilisation de l’étiquette de GMS. En conséquence, les hommes noirs incarcérés sont incapables de se trouver un bon emploi dans l’établissement. »

« L’étiquette de GMS est fait pour prolonger la peine des hommes noirs, donc pour les contrôler et les incarcérer. »

(Établissement de Collins Bay)

« On m’a collé l’étiquette de GMS, et j’ai été maltraité pendant longtemps parce que j’étais vu comme un homme noir qui boit une bière en face de sa maison dans le quartier de Jane et Finch. »

(Établissement de Beaver Creek)

« À cause des règlements, il est impossible de rester sain d’esprit dans l’établissement. »

(Établissement de Beaver Creek)

Recommandations

Sécurité maximale

Le tableau ci-dessus comprend les réponses de 28 répondants d’un établissement à sécurité maximale aux questions suivantes : « Avez-vous déjà été incarcéré dans une prison à sécurité maximale? », « Les confinements cellulaires de 22 à 23 heures dans le centre à sécurité maximale ont-ils eu un impact sur votre santé mentale? » et « Avez-vous reçu un soutien en matière de santé mentale? ».

Au total, 28 détenus d’un établissement à sécurité maximale ont répondu au sondage parmi les 51 détenus interrogés.

Questions Oui Non S. O.
Avez-vous déjà été incarcéré dans une prison à sécurité maximale? 28 16 6
Le confinement cellulaire de 22 ou 23 heures dans la prison à sécurité maximale a-t-il influencé votre santé mentale? 28 0 0
Avez-vous reçu des mesures de soutien en santé mentale? 0 28 0

Le placement disproportionné des personnes noires dans les établissements à sécurité maximale s’explique par les stéréotypes qui les dépeignent comme agressives et violentes, et parfois même comme des animaux. Ce préjugé vient d’un manque de compréhension des détenus noirs parmi le personnel. Une fois confinés dans les prisons à sécurité maximale, les détenus reçoivent tous le même traitement sévère.

Les conditions dans ce milieu exacerbent les difficultés auxquelles les détenus font face. Les longues périodes de confinement, à savoir 22 ou 23 heures selon la situation d’emploi de chacun, portent atteinte à la santé mentale des détenus. De plus, le manque de mesures de soutien dans les milieux à sécurité maximale signifie que les détenus n’ont pas la chance de se réhabiliter ou de participer à des interactions constructives de perfectionnement personnel, ce qui crée un environnement qui perpétue la colère au lieu de favoriser le changement positif. Plus précisément, les détenus noirs reconnus coupables de meurtre ou étiquetés comme violents sont tenus de purger une peine d’au moins deux ans dans une prison à sécurité maximale. Si les détenus font face à des accusations portées en établissement pendant qu’ils purgent leur peine, même s’ils ont été acheminés vers un niveau de sécurité moindre, ils sont alors renvoyés à une prison à sécurité maximale et forcés de recommencer le processus de progression du début. Ce cycle punitif nuit à leurs possibilités de réhabilitation et de réinsertion sociale.

Il n’existe présentement qu’une seule prison à sécurité maximale en Ontario pour la population générale (autre que l’Établissement de Millhaven, qui est considéré à l’heure actuelle comme un établissement d’isolement protecteur). Par conséquent, les personnes incarcérées qui doivent purger une peine dans un établissement à sécurité maximale et qui sont jugées incompatibles doivent souvent être déplacées hors de la province. Ce déplacement les dépouille des systèmes de soutien familiers qu’ils avaient et les plonge dans un environnement qui favorise la dépression, la consommation de substances, l’augmentation de la violence et un risque accru de suicide. En outre, l’absence de soutien local et familial exacerbe les difficultés auxquelles font face ces personnes, ce qui met en évidence la nécessité d’adopter une approche plus complète et humaine de gestion des dossiers à haute sécurité dans le système correctionnel provincial.

Recommandations

Les réponses, mot pour mot, des détenus sont les suivantes :

« Un exemple de personne qu’ils envoient en sécurité maximale : une personne grande et noire qui a crié. Ils la considèrent comme étant violente et l’envoient en sécurité maximale. » (Établissement de Collins Bay)

« Ils nous traitent comme des animaux, nous enferment dans une cellule comme des animaux, et après se demandent pourquoi nous nous battons quand nous avons enfin la chance d’aller dans la cour. »

« J’ai trouvé la sécurité maximale stressante. Elle m’a rendu fou. »

2. Accorder la priorité à l’accès aux programmes d’éducation et de formation et à d’autres programmes pour les détenus noirs

Au total, 208 des 245 détenus sondés ont convenu que d’accorder la priorité à l’accès à l’éducation, à la formation et à d’autres programmes est primordial pour réduire la surreprésentation des personnes noires au sein des établissements correctionnels. Cette stratégie constitue une initiative clé pour réduire les disparités systémiques et combattre le racisme envers les personnes noires dans les établissements correctionnels.

Un nombre important de détenus (241) se sont entendus pour dire qu’il n’y a aucun accès à des programmes adaptés à leurs réalités culturelles et conçus pour répondre à leurs besoins précis. Cette lacune rappelle le besoin urgent d’effectuer un examen approfondi des mesures et de mettre en œuvre des initiatives adaptées à la culture au sein du système correctionnel pour satisfaire aux besoins diversifiés de la population carcérale.

Le tableau ci-dessus comprend les réponses aux questions suivantes : « Avez-vous accès à des programmes de réadaptation adaptés à votre culture et adaptés à vos besoins? » et « Recommandez-vous de donner la priorité à l’accès à l’éducation, à la formation et à d’autres programmes pour les prisonniers noirs, ainsi que d’établir des partenariats avec des organismes communautaires qui peuvent offrir des services et un soutien spécialisés aux prisonniers noirs? » Le tableau montre les proportions de répondants qui ont répondu par oui, par non ou qui n’ont pas répondu.

Questions Oui Non S. O.
Avez-vous accès à des programmes de réhabilitation adaptés à vos réalités culturelles et à vos besoins? 241 0 4
Recommandez-vous d’accorder la priorité à l’accès à l’éducation, à la formation et à d’autres programmes pour les détenus noirs et d’établir des partenariats avec des organisations communautaires qui peuvent offrir des services et un soutien spécialisé aux détenus noirs? 208 0 37

Les détenus noirs ont exprimé des préoccupations importantes concernant l’absence de programmes de réhabilitation adaptés à la culture au sein du système du SCC. Cette lacune s’étend jusqu’à l’absence de programmes de sortie d’un gang qui s’attaquent spécifiquement aux étiquettes de GMS, et à l’insuffisance de mesures de soutien pour accéder à de l’éducation, à de la formation axée sur les compétences et aux métiers spécialisés. Les composantes essentielles d’une réhabilitation réussie, qui sont indispensables pour répondre aux besoins multidimensionnels des détenus noirs, manquent à l’architecture actuelle des programmes.

Il convient de souligner que les programmes existants se concentrent sur la population carcérale blanche et laissent un écart flagrant quant à la satisfaction des besoins uniques des détenus noirs. Le seul programme et la seule mesure de soutien axés sur la culture actuellement en place s’adressent aux Autochtones, ce qui illustre une disparité évidente dans la mise à disposition de services adaptés aux différentes réalités culturelles.

De plus, les détenus ont fait savoir que même s’ils ont accès à une éducation, cette dernière est insuffisante. Les études postsecondaires présentent une difficulté particulière, car les détenus sont souvent livrés à eux-mêmes pour trouver de l’aide financière. Soit les politiques institutionnelles interdisent aux détenus d’obtenir des bourses, soit elles limitent le nombre de détenus admissibles à recevoir une telle aide par année. Cet obstacle financier freine les progrès éducatifs des détenus, ce qui nuit grandement à leur réinsertion sociale.

Recommandations

Élargir les mesures de soutien pour les jeunes en transition âgés de 18 à 24 ans

Dès l’âge de 18 ans, de nombreuses personnes font une transition directe d’un établissement pour adolescents à un établissement pour adultes, une démarche qui saute des étapes qui facilitent le développement des jeunes au cours de ce processus crucial. Ce groupe d’âge précis, principalement formé de personnes noires, est touché de façon disproportionnée par la violence liée aux armes à feu et aux gangs de rue, que ce soit en tant que victime ou en tant que responsable. Même si la majorité des détenus n’ont pas suggéré d’augmenter l’âge limite du statut de jeune contrevenant, il importe de reconnaître que cette cohorte d’âges nécessite des mesures de soutien supplémentaires pour relever les difficultés causées par leur situation unique. Combler les lacunes dans les mesures de soutien liées à la transition et reconnaître les besoins particuliers de ce groupe d’âge est essentiel pour une réhabilitation réussie.

Recommandations

3. Établir des partenariats avec des organisations communautaires qui peuvent offrir des services spécialisés et du soutien aux prisonniers noirs

La création de partenariats communautaires solides est indispensable à la réussite de la réhabilitation, de la préparation à la libération et de la réinsertion sociale des détenus noirs. Les participants ont souligné un besoin important de programmes cohérents adaptés à la culture pour favoriser la réhabilitation. Malgré la volonté des détenus à se réhabiliter, les programmes actuels du SCC ne répondent pas à leurs besoins uniques. Pour que les programmes et les services de soutien offerts aux personnes noires incarcérées soient efficaces, il faut de la compréhension, de la confiance et un engagement.

Il faut absolument que le SCC appuie des organismes d’expérience dirigés par des personnes noires et axés sur les personnes noires qui possèdent une compréhension nuancée des besoins de la population carcérale noire. Ces collaborations permettent de garantir que les programmes tiennent compte des besoins propres aux détenus noirs.

À la tête d’une initiative communautaire organisant des programmes, des ateliers et des événements dans huit établissements fédéraux depuis 2009, j’ai vu de mes propres yeux des incidents de discrimination, d’inégalité et d’injustice. Au fil des ans, des obstacles, dont la mise en œuvre de la cote de sécurité approfondie en 2017, ont été implantés pour faire entrave à mon soutien constant. Cette cote, qui exige la prise d’empreintes, une vérification financière poussée et une vérification de solvabilité, s’est avérée particulièrement contraignante pour les bénévoles, en poussant plusieurs à arrêter d’offrir leur soutien. L’incidence de cette cote s’est répercutée de manière démesurée sur les bénévoles noirs ayant des antécédents de crédit défavorables.

Les établissements comme ceux de Collins Bay et de Warkworth ont choisi d’utiliser la cote approfondie comme prétexte pour limiter mon accès, bien que j’aie déjà une cote approuvée. Cette disparité de traitement est devenue évidente lorsque des groupes et des bénévoles blancs n’ont pas été obligés de respecter les mêmes exigences en matière de cote. Il est primordial de veiller à ce que les organismes communautaires, surtout ceux qui proviennent de Toronto, soient traités avec dignité et égalité. Un soutien est nécessaire de toute urgence pour répondre aux divers besoins de la population carcérale.

Il peut être difficile de composer avec les aspects complexes des processus en aval, des protocoles institutionnels, des dynamiques de groupe et des programmes ainsi qu’avec les employés des établissements. Cette lourde tâche retombe sur les organismes communautaires qui sont souvent le seul appui des détenus noirs. Le fardeau émotionnel, conjugué à la responsabilité de répondre aux multiples besoins des détenus, peut entraîner l’épuisement professionnel. Il apparaît essentiel de respecter et de reconnaître les sacrifices des personnes dévouées à cette cause. Pour créer des partenariats fructueux avec les organismes communautaires, un changement s’impose et les pratiques institutionnelles doivent être soumises à des mécanismes de reddition de comptes.

Recommandations

4. Autres questions et recommandations relatives aux services correctionnels

Comités ethnoculturels et rôles

Le comité ethnoculturel d’un établissement doit superviser toutes les initiatives ethnoculturelles conformément à la Loi sur le multiculturalisme canadien. Présent dans chaque prison, ce comité comprend un coordonnateur ethnoculturel sur place, un conseiller ethnoculturel et un comité ethnoculturel de détenus. Toutefois, des personnes incarcérées ont exprimé des inquiétudes relatives à la perception d’un manque de diversité au sein des membres du comité, étant donné que les comités étaient composés principalement de personnes blanches.

Comité consultatif régional ethnoculturel, Comité consultatif national ethnoculturel, comité consultatif de citoyens

Ces comités consultatifs sont composés des bénévoles de la communauté dont la plupart sont à la retraite et participent volontairement. La personne à la tête du Comité consultatif régional ethnoculturel (CCRE) est un membre du personnel du SCC. Les détenus qui connaissent ces comités ont fait part de leur mécontentement : ils n’ont vu aucun avantage concret pour les détenus noirs. Des inquiétudes ont été exprimées quant au non-respect des promesses de soutien ou d’élaboration de programmes adaptés à la culture. Par exemple, la dernière réunion avec des détenus noirs à l’Établissement de Collins Bay a eu lieu en mars 2009, mais aucune mesure de suivi n’a été prise même si un programme a été créé pendant cette réunion.

Les fournisseurs de services ont fait écho à ces griefs en soulignant la participation limitée des membres de ces comités à la vie communautaire. Les quelques événements organisés ont été perçus comme trompeurs : les détenus et les groupes communautaires ont signalé un écart entre la réalité et les allégations du comité concernant la vaste mobilisation de détenus noirs dans les établissements. De plus, des préoccupations ont été soulevées concernant l’exclusion, au sein de ces comités, des organismes communautaires noirs d’expérience ayant une profonde compréhension de la population carcérale. Ces comités ont été critiqués parce qu’ils incluent principalement des gens de leur propre milieu qui manquent d’expérience dans le domaine carcéral.

Recommandations

Traitements médicaux

Recommandations

« Ils l’ont retrouvé mort le matin. Ses intestins avaient éclaté. Les gardiens de sécurité et le personnel médical avaient refusé de le soigner. Il a souffert atrocement pendant trois jours. La prison n’a jamais assumé la responsabilité. »

Membre de la famille d’un détenu

Santé mentale

Répondre aux besoins en santé mentale des détenus noirs

Les détenus noirs ont exprimé à maintes reprises des préoccupations concernant l’insuffisance de mesures de soutien en santé mentale dans les établissements correctionnels. Plusieurs ont décrit la nécessité d’établir des stratégies d’adaptation, des initiatives et des services de consultation en raison des conditions difficiles subies pendant la pandémie de COVID-19, comme les confinements excessifs dans les prisons provinciales. Certains ont fait part de cas de tactiques de tortures : exposition à l’air froid dans les cellules, bruits fort persistants, lumières allumées pendant 22 heures par jour; des cris incessants provenaient des sections pour ceux ayant des problèmes de santé mentale toute la nuit durant. Les conditions ont énormément nui à leur bien-être mental. Il est important de souligner que les confinements excessifs ont eu d’importants effets sur le bien-être mental des détenus.

En plus des conséquences sur la santé mentale subies pendant la pandémie de COVID-19, les détenus ont aussi souligné le besoin urgent de soutien en matière de santé mentale pour faire face aux diverses difficultés, dont les confinements d’une durée de 23 heures en sécurité maximale, les deuils non résolus, les événements traumatisants et le manque général de stratégies d’adaptation. Les détenus ont indiqué un manque démoralisant de réponse à leurs nombreuses demandes de soutien. Certains détenus se sont sentis stigmatisés comme des râleurs, d’autres ont reçu que de la médication sans directives et certains se sont fait carrément négliger.

Fournir des mesures de soutien en santé mentale, des stratégies d’adaptation et des services de consultation est impératif pour les détenus noirs faisant face aux conditions ci-dessous.

« Je crois que les confinements excessifs pendant la COVID-19, justifiés par la peur ou le manque d’employés, visaient à rendre les détenus complètement fous. Dans le Sud, il y avait surtout des personnes noires. La plupart des personnes blanches ont été libérées sous caution. »

« Il n’y avait aucune aide en santé mentale, mais ils donnaient des médicaments sans hésitation. C’est pour ça que les gens sont accros aux drogues dans les prisons. »

(Centre de détention du Sud de Toronto)

Recommandations

Version texte

Ce tableau ci-dessus comprend les réponses aux questions suivantes : « Les confinements excessifs ont-ils eu un impact sur votre santé mentale? », « Faites-vous l’expérience d’un confinement excessif? », « Avez-vous été puni si vous avez fabriqué un masque? », « Avez-vous reçu un masque sur la cuisinière? » et « Avez-vous été incarcéré dans un établissement provincial pendant la COVID? » Le graphique montre les proportions de répondants qui ont répondu par oui, par non ou qui n’ont pas répondu.

Les confinements excessifs ont elles eu un impact sur votre santé mentale?

  • Sans objet (0)
  • Non (3)
  • Oui (30)

Avez-vous connu des confinements excessifs

  • Sans objet (0)
  • Non (0)
  • Oui (33)

Avez-vous été puni si vous avez confectionné un masque?

  • Sans objet (21)
  • Non (0)
  • Oui (30)

Vous a-t-on donné un masque accessible?

  • Sans objet (0)
  • Non (29)
  • Oui (4)

Avez-vous été incarcéré(e) dans une institution provinciale pendant la période de covid?

  • Sans objet (8)
  • Non (10)
  • Oui (33)

Alimentation et régimes alimentaires spéciaux

Les détenus noirs ont soulevé des inquiétudes valides en ce qui concerne le manque de sensibilité culturelle à l’égard des régimes alimentaires spéciaux, plus précisément au sein de la population musulmane noire assez importante. Les problèmes soulevés vont au-delà de simples préférences alimentaires et s’inscrivent même dans le cadre du respect des coutumes religieuses et des pratiques d’hygiène lors de la préparation des aliments.

Il est essentiel de reconnaître et de respecter les différences nuancées entre les exigences alimentaires d’un régime halal et d’un régime cachère. Les détenus ont mentionné à maintes reprises le besoin d’établir une approche plus nuancée qui reconnaît les distinctions entre ces régimes spéciaux et qui en tient compte. Une préoccupation qui est revenue souvent chez les détenus musulmans se rapporte au non-respect des pratiques d’hygiène lors de la préparation de la nourriture. Plusieurs cas où des employés ne se lavaient pas les mains avant de manipuler de la nourriture ont été signalés, ce qui souligne la nécessité d’une approche adaptée à la culture pour la manipulation des aliments. Les comparaisons faites entre le traitement du régime cachère et du régime halal révèlent des disparités préoccupantes. Les détenus ont souligné des écarts dans la qualité et la fréquence de la nourriture en insistant sur le besoin d’une norme plus équitable et uniforme pour le régime halal. Assurer un accès équitable à des produits frais est primordial pour répondre aux préoccupations des détenus. Les détenus ont aussi fait remarquer des écarts dans la disponibilité de légumes et de produits laitiers. Établir une chaîne d’approvisionnement uniforme contribuerait à un programme alimentaire plus équilibré et plus respectueux des différences culturelles. Les plaintes concernant les différents problèmes rencontrés pour obtenir l’approbation pour un régime spécial, qui surviennent surtout parmi les détenus noirs, méritent d’être examinées de près. Rationaliser les processus d’approbation et assurer la transparence contribuerait à un système de soutien des régimes alimentaires plus harmonieux et efficace.

Do you believe the food received for special diets is racist?

Do you believe the food received for special diets is racist?
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Diagramme circulaire illustrant la répartition des réponses à la question « Croyez-vous que les aliments reçus pour les régimes spéciaux sont racistes? » Le graphique montre la répartition des réponses, y compris celles qui ont répondu oui, non et qui n’ont pas répondu.

Oui (35%)

Non (6%)

Sans objet (59%)

Recommandations

Traitement des plaintes

Une inquiétude importante a été mentionnée par 244 détenus, soit l’inefficacité perçue des mécanismes de résolution des plaintes et des griefs au sein des établissements. Le processus de traitement des griefs est inadéquat et il n’y a aucune prise de responsabilité de la part des établissements. Un nombre énorme de détenus noirs se sentent désespérés, car ils ont l’impression que leur grief ne sera pas écouté ou qu’ils seront pris pour cible. Des rapports alarmants concernant des plaintes « perdues » ou ignorées pendant plusieurs années ont fait surface. Des détenus noirs ont décrit des cas où leurs plaintes ont apparemment disparu parmi les processus bureaucratiques et ont donc été ignorées et laissées sans résolution. En plus de nuire à la crédibilité du processus de traitement des plaintes, cela perpétue également une impression de négligence.

Les détenus noirs ont indiqué que s’ils se plaignent à des instances supérieures à l’établissement, ils sont perçus comme des fauteurs de troubles et des traîtres; il arrive parfois qu’ils soient transférés en dehors de la province.

Traitement des plaintes

Vous, ou quelqu’un que vous connaissez, vous êtes plaint et rien n’a changé

Vous, ou quelqu’un que vous connaissez, vous êtes plaint et rien n’a changé
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Diagramme circulaire illustrant la répartition des réponses à la question « Vous-même ou quelqu’un que vous connaissez vous êtes plaint, avez déposé des griefs, et rien n’a changé ». Le graphique montre la répartition des réponses, y compris ceux qui ont répondu oui et ceux qui n’ont pas répondu.

Oui (100%)

Sans réponse (0%)

« Ça tombe dans l’oreille d’un sourd. » (Établissement de Collins Bay)

« Ils arrêtent d’appuyer votre demande de transfert. » (Établissement de Collins Bay)

« Tu deviens une cible. » (Établissement de Collins Bay)

« Si tu portes plainte, il y a de bonnes chances que tu te fasses transférer. » (Établissement de Collins Bay)

« Des documents disparaissent. » (Établissement de Collins Bay)

« Nous avons été témoins de ce que les gardiens de sécurité font avec nos plaintes/griefs. Ils chiffonnent le papier et le jettent dans la poubelle. Certains gardiens s’assurent que nous les voyions faire pour nous rappeler le déséquilibre de pouvoir et notre manque de droits. »

Recommandations

Recommandations supplémentaires

Réinsertion sociale

Veuillez prendre connaissance des recommandations que nous avons mises en exergue ci-dessous.

Dans le cadre des entrevues, d’importantes préoccupations ont été soulevées à l’égard des inégalités raciales et de l’absence de compétences culturelles dans les décisions relatives aux libérations conditionnelles et dans le soutien à la réinsertion. De nombreux participants étaient d’avis que les commissions des libérations conditionnelles, influencées par des préjugés bien ancrés, les percevaient comme étant fondamentalement plus susceptibles de récidiver, une perception qui mène à un nombre accru de refus et de délais pour les personnes noires comparativement à leurs homologues blancs. Au moment de la libération, l’absence de programmes de réintégration personnalisés engendre des obstacles considérables. Les services de soutien génériques, conçus pour la population générale, font souvent fi des besoins propres aux personnes noires et ignorent de ce fait des problèmes de santé mentale. La violence et les traumatismes subis par ces personnes dans leurs communautés sont ignorés, ce qui aggrave leurs besoins insatisfaits en matière de santé mentale.

Les participants se sont dits frustrés et désespérés de devoir chercher un emploi alors qu’ils n’ont pas de compétences pertinentes. L’absence de soutien communautaire, d’encadrement et de débouchés viables accroît le risque de récidivisme simplement pour survivre.

Recommandations relatives à la réinsertion

Élaborer et mettre en œuvre des programmes de réinsertion adaptés à la culture, aux besoins et aux expériences particuliers des personnes noires, en collaboration avec les organismes communautaires qui possèdent l’expertise nécessaire pour relever les défis uniques auxquels les personnes noires font face pendant la réinsertion.

Parmi les 245 détenus ayant participé à l’évaluation, 118 d’entre eux ont appuyé les recommandations présentées, ce qui représente un degré d’accord important. Il convient de souligner que 127 participants ont décidé de ne pas répondre pour diverses raisons, notamment pour répondre à d’autres sections du questionnaire. Cela dit, il est intéressant de constater qu’une grande majorité était d’accord avec les recommandations, plus particulièrement avec celles du thème des services correctionnels.

Les détenus noirs ont exprimé un besoin pressant d’établir des programmes diversifiés et adaptés à la culture qui demeurent disponibles en permanence. Les détenus veulent se réhabiliter et déplorent leurs besoins insatisfaits par les programmes existants du SCC. Pour que les programmes et les services de soutien offerts aux détenus noirs soient efficaces, il faut de la compréhension, de la confiance et un engagement indéfectible. Afin de bien répondre à ces programmes, le SCC doit absolument appuyer des initiatives spécialisées axées sur les personnes noires et dirigées par des personnes noires.

Version texte

Graphique illustrant le nombre de répondants qui étaient d’accord ou qui n’ont pas répondu à la recommandation : «Élaborer et mettre en œuvre des programmes de réintégration adaptés à la culture et adaptés aux besoins et aux expériences particuliers des Noirs, en partenariat avec des organismes communautaires qui ont l’expertise nécessaire pour relever les défis uniques auxquels font face les personnes noires pendant la réintégration.»

Sans réponse (127)

Oui (118)

Recommandations

Assurer l’accès à des services de santé mentale adaptés aux besoins et auxexpériences particuliers des personnes noires, tant pendant l’incarcération qu’au moment de la mise en liberté.

Consultez la section « Santé mentale » de la partie « Services correctionnels ».

Donner la priorité à l’accès des personnes noires à des programmes d’éducation et de formation professionnelle, tant au sein des établissements correctionnels qu’après leur libération, afin d’accroître leur employabilité et de faciliter leur réinsertion.

Durant nos entrevues, 208 détenus sur 245 ont appuyé cette recommandation. Ils s’entendaient pour dire qu’il est important d’améliorer l’accès des personnes noires à des programmes d’éducation et de formation professionnelle, tant au sein des établissements correctionnels qu’après leur libération. Les détenus noirs ont exprimé d’importantes préoccupations à l’égard des lacunes dans la formation professionnelle et la formation axée sur les compétences, en soulignant les effets profonds sur leur vie. Le sentiment palpable de désespoir ressenti pendant la réinsertion en l’absence de compétences utiles a été mentionné maintes fois. La gravité de ces problèmes mène souvent les gens à reprendre d’anciennes habitudes, ce qui fait ressortir le besoin urgent de possibilités d’éducation. Les détenus ont fait part d’obstacles à l’accès aux études postsecondaires qui sont exacerbés par le fardeau financier.

Les étiquettes de GMS et d’affiliation à un gang ont été mentionnées comme des obstacles importants qui empêchent les détenus noirs d’accéder à des programmes cruciaux, à des métiers et à des emplois lucratifs. Leur effet défavorable sur le taux de rémunération fait d’autant plus ressortir le besoin de revoir et d’ajuster les conditions relatives à l’étiquette de GMS afin de veiller à ce que des occasions équitables soient offertes au sein des programmes professionnels et éducatifs.

Version texte

Graphique illustrant le nombre de répondants qui ont répondu ou non à la recommandation : « Prioriser l’accès aux programmes d’éducation et de formation professionnelle pour les Noirs, tant au sein des établissements correctionnels qu’à leur libération, afin d’accroître leur employabilité et de faciliter une réinsertion réussie. »

Oui (118)

Sans objet (127)

Recommandations

Question 1 : Des études indiquent que les détenus noirs sont moins susceptibles de se voir accorder la libération conditionnelle et que lorsqu’ils sont libérés, ils se heurtent à des obstacles à leur réinsertion sociale.

« Mon agente de libération conditionnelle appuie la candidature de quelques personnes non noires à la libération conditionnelle et elles ont les mêmes accusations que moi. Pour ma part, je n’ai aucun soutien et aucun incitatif à présenter une demande. Elle m’a dit que je serais libéré à ma date de libération d’office. » Établissement de Collins Bay

Recommandations

« Ma libération conditionnelle est en juin 2025. Ma date de libération d’office est en 2028. C’est ma première condamnation, mes premiers démêlés avec la justice. Mon agent de libération conditionnelle m’a dit de demander la libération conditionnelle en 2026 parce que ma date de libération d’office est trop loin. » Établissement de Collins Bay

Immigration

Étant donné qu’une grande partie des détenus interrogés sont nés au Canada, ces derniers sont peu nombreux à avoir répondu aux questions sur l’expérience avec des représentants et le ministère responsable de l’immigration.

Le tableau 4 présente les réponses concernant les questions d’immigration, en indiquant qui était d’accord avec les recommandations et qui n’a pas fourni de réponse.

Le tableau 4 présente leurs réponses aux questions relatives à l’immigration.
Recommandations En accord avec la recommandation N’ont pas répondu
Assouplir l’exigence selon laquelle les personnes qui attendent une solution à une situation d’immigration ne peuvent pas travailler ou aller à l’école. 52 (21 %) 193 (79 %)
Permettre des procédures d’appel plus approfondies pour les personnes qui reçoivent des ordonnances de renvoi parce qu’elles ont été déclarées coupables d’infractions criminelles. 49 (20 %) 196 (80 %)
Réduire le nombre d’infractions et les circonstances qui peuvent amener un non-citoyen à être expulsé du Canada pour avoir été reconnu coupable d’une infraction criminelle. 51 (21 %) 194 (79 %)
Veiller à ce que les personnes détenues soient traitées humainement. 25 (49 %) 26 (51 %)
Accroître l’accès à des avocats spécialisés en droit de l’immigration. 15 (29 %) 36 (71 %)
Offrir une aide financière pour couvrir les frais d’aide juridique. 19 (37 %) 32 (63 %)

« Ils se font dépouiller de leurs droits, traiter comme des animaux et priver d’appels téléphoniques sans qu’ils sachent ce qui leur arrivera et sans qu’ils aient quelqu’un pour les épauler. »

Victimes d’actes criminels

Victimes d’actes criminels

Est-ce que vous ou quelqu’un que vous connaissez avez été victime ou témoin d’un crime?

Est-ce que vous ou quelqu’un que vous connaissez avez été victime ou témoin d’un crime?
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Diagramme circulaire illustrant le nombre de répondants qui ont répondu par l’affirmative, par la négative et qui n’ont pas répondu à la question : « Avez-vous été victime d’un acte criminel ou avez été témoin d’un acte criminel?»

Oui (5%)

Non (62%)

Sans objet (33%)

Parmi les 245 détenus interrogés, 13 ont dit avoir été victimes ou témoins d’un crime, 151 ont dit n’avoir jamais eu une telle expérience et 81 se sont abstenus de répondre. Il est essentiel de souligner qu’un grand nombre de participants ont décidé de ne pas répondre ou ont répondu par la négative possiblement par peur que leur réponse influence leur image au sein de l’environnement carcéral. Ils ont probablement peur d’être perçus comme des « porte-paniers » et redoutent les répercussions de ces divulgations sur leur sécurité. Ces craintes mettent en évidence le besoin d’établir une approche plus individualisée pour ces questions délicates.

La prépondérance de réponses négatives et d’abstentions concernant les questions sur la victimisation laisse deviner des raisons sous-jacentes qu’il convient de prendre en compte. Il est possible que de nombreux détenus se soient abstenus de répondre pour ne pas être perçus comme vulnérables ou pour ne pas s’exposer à de potentiels dangers. Cela met en lumière le besoin pressant d’établir des méthodes adaptées, comme des entrevues individuelles, qui offriraient un espace sûr où les détenus pourraient parler de leurs expériences sans crainte de représailles.

En analysant en profondeur les récits des personnes que nous servons, nous constatons qu’une grande partie des personnes incarcérées ont été des victimes dans divers contextes, qu’elles aient été victimes d’abus à la maison, de violence dans leur collectivité, de racisme systémique, de violence policière, d’obstacles à la scolarisation, de violence liée aux armes à feu ou de pertes personnelles profondes. Ces circonstances contribuent à un environnement qui contraint les gens à participer à un système semblable au principe de « survivance du plus apte », une dure réalité qui ne peut être ignorée.

Notamment, une tendance inquiétante se profile chez les jeunes hommes incarcérés pour meurtre : bon nombre d’entre eux ont déjà eux-mêmes été victimes de violence liée aux armes à feu. L’atmosphère qui domine, particulièrement pour les personnes noires, en est une d’insécurité généralisée. La dynamique de la violence liée aux armes à feu et aux gangs de rue a évolué pour sortir du cadre de la participation et est maintenant centrée sur l’affiliation au code postal. Il faut reconnaître qu’un nombre important de jeunes au sein du système souffre du trouble de stress post-traumatique et de traumatismes non résolus, qui amplifient leur sentiment de deuil et de perte. La vengeance, malheureusement, est devenue un mécanisme d’adaptation dans cet environnement de guerre, où la communauté plus vaste n’arrive souvent pas à comprendre la profondeur des difficultés rencontrées.

Il apparaît indispensable de reconnaître que les systèmes de soutien actuels ne tiennent pas bien compte des difficultés uniques auxquelles font face les détenus noirs. Le défaut de reconnaître la mentalité dominante de guerre a mené à un manque de mécanismes de soutien pertinents et fiables.

« Je me suis retrouvé en fauteuil roulant après m’être fait tirer dessus 50 fois. Je me suis fait arrêter, alors que j’étais un jeune placé sous garde. »

Expériences

Pendant les entrevues, les détenus ont parlé ouvertement de terribles expériences de victimisation au sein du système de justice pénale, qui mettent en lumière les lacunes systémiques qui aggravent leurs souffrances. Plusieurs d’entre eux ont révélé avoir été victimes de violence liée aux armes à feu et ont tristement raconté avoir ensuite été victimisés par les forces de l’ordre et le système judiciaire pour avoir refusé de dénoncer certaines personnes. Ils ont décrit la nature périlleuse des interactions avec la police, soulignant un manque important de compréhension et d’infrastructures de soutien. Un détenu a raconté une histoire particulièrement bouleversante où il s’est fait poignarder à l’intérieur d’un établissement correctionnel. Il attendait son procès pour un crime, duquel il a éventuellement été innocenté. L’établissement ne lui a pas offert de soutien et il n’a pas reçu de bible lorsqu’il en a fait la demande. Il a révélé avoir développé un trouble de stress post-traumatique, qui n’a jamais été traité. Après sa libération, comme il avait vécu cet événement traumatisant, il s’est senti obligé de se procurer une arme, qui lui a tragiquement valu une peine d’emprisonnement pour possession d’arme. Cette suite d’événements déchirante découle d’une profonde lacune dans la prestation de mesures de soutien, qui a ultimement perpétué un cycle de victimisation. En outre, les détenus ont souligné un sentiment généralisé d’indifférence de la part de la police et du système judiciaire à l’égard de leur bien-être. Selon les détenus, plutôt que d’être traités avec un réel égard, ils sont exploités et servent d’outils pour monter des dossiers. Peu de considération est accordée aux les dommages collatéraux infligés aux familles des personnes contraintes à témoigner. Cette révélation navrante met en évidence le besoin criant d’un changement de paradigme dans l’approche à la justice.

« Il-s s’en foutent que nous perdions notre vie et notre sécurité, et cela à un effet de cascade sur tous les membres de la famille. Les gens tuent et continueront de tuer sans hésitation, et la police ne peut pas et ne veut pas nous protéger. » (Établissement de Collins Bay)

« Je n’ai pas dit qui l’avait fait, car je me serais retrouvé en danger. »

(Établissement de Collins Bay)

« Traumatisant. Je n’ai pas reçu de soutien, j’ai développé un trouble de stress post-traumatique. Des accusations ont été portées contre moi parce que j’ai refusé de dire qui l’avait fait, alors que c’était moi la victime. »

(Établissement de Collins Bay)

« Des accusations ont été portées contre moi parce que j’ai refusé de dire qui m’avait poignardé. Je n’ai reçu aucun soutien. » (Établissement de Collins Bay)

« Je me suis fait tirer dessus à deux occasions alors que je vaquais à mes propres affaires. » (Établissement de Collins Bay)

Recommendations

« La police a pris mes vêtements pour vérifier s’il y avait des résidus de tir après que je me suis fait tirer dessus. »

Aperçu des inégalités et des traitements injustes : expériences dans les établissements de Collins Bay, de Warkworth et de Beaver Creek

La présente section, fondée sur les commentaires formulés par 51 personnes lors de consultations, fait un survol des disparités et des traitements injustes auxquels font face les détenus noirs à l’Établissement de Collins Bay. Les récits des détenus noirs font ressortir des problèmes comme l’étiquetage discriminatoire par rapport aux gangs et l’absence d’interventions ou de programmes pour les personnes portant cette étiquette, l’absence de programmes axés sur les compétences et de programmes professionnels, le manque d’initiatives adaptées à la culture et le besoin pressant d’établir des ressources de soutien en santé mentale. Les détenus ont également exprimé la crainte d’être étiquetés comme fauteurs de troubles s’ils soulèvent leurs préoccupations ou se plaignent.

Selon nos consultations menées dans trois prisons, l’Établissement de Beaver Creek semble offrir le plus de soutien pour les détenus noirs et d’initiatives communautaires dirigées par des personnes noires. Malgré les contestations occasionnelles du personnel, l’aumônerie et le directeur adjoint démontrent un soutien constant. En comparaison, les établissements de Warkworth et de Collins Bay présentent des situations complètement opposées. Le traitement qu’ils réservent aux détenus noirs et aux groupes communautaires dirigés par des personnes noires est caractérisé par la dégradation, l’inégalité et l’injustice.

Graphique 1 : Difficultés auxquelles font face les détenus noirs à l’Établissement de Collins Bay

Graphique 1 : Difficultés auxquelles font face les détenus noirs à l’Établissement de Collins Bay
Version texte

Le tableau ci-dessus illustre les défis auxquels font face les détenus noirs à l’établissement de Collins Bay.

Obstacles à l’accès aux services d’aide aux victimes

  • Sans objet (0)
  • Oui (51)

Mauvais traitement médical en prison

  • Sans objet (0)
  • Oui (51)

Les enfermements excessifs ont un impact sur la santé mentale.

  • Sans objet (0)
  • Oui (51)

L’absence d’une culture appropriée…

  • Sans objet (0)
  • Oui (51)

Obstacles à la libération conditionnelle et à la réinsertion

  • Sans objet (0)
  • Oui (51)

Étiquetage inapproprié des gangs en prison

  • Sans objet (0)
  • Oui (51)

L’expérience du racisme anti-noir au sein des institutions fédérales

  • Sans objet (25)
  • Oui (26)

L’expérience du racisme anti-noir dans les institutions provinciales

  • Sans objet (0)
  • Oui (51)

Le graphique 1 présente les difficultés auxquelles font face les détenus noirs à l’Établissement de Collins Bay.

Principales constatations