Conclusion
Depuis 2009, je m’emploie activement à offrir du soutien dans les établissements fédéraux. Pendant cette période, mon groupe et moi-même nous sommes heurtés à des difficultés et à des obstacles persistants. Ces embûches m’ont poussée à devenir une porte-parole des droits et de la dignité des personnes noires incarcérées. En 2019, dans mon témoignage devant le Comité sénatorial permanent des droits de la personne, j’ai exposé un lien probant entre les conditions dans lesquelles vivent les prisonniers noirs, les établissements qui les hébergent et le contexte historique de l’esclavagisme dans les plantations. Dans cette analogie, le directeur de prison est le maître des esclaves, et les gardiens ainsi que les agents correctionnels sont des chasseurs d’esclaves. Le racisme systémique inhérent dans les prisons canadiennes réplique les structures oppressives des plantations, et le degré d’oppression varie d’un établissement à l’autre. Les établissements les plus oppressifs, en plus d’offrir le moins de mesures de soutien, sont ceux où il y a le plus d’incidents de rébellion ou de violence au sein des prisonniers et dans les plantations. Toute personne qui s’oppose est perçue comme une fautrice de troubles et est ciblée. J’ai récemment appris que la majorité des activités de ces établissements ne sont pas surveillées, ce qui signifie qu’il manque de mécanismes de responsabilisation essentiels pour cultiver un système correctionnel juste et équitable. L’abdication démoralisante des responsabilités par le SCC est indéniable lorsqu’on constate que le paysage de 2023 perpétue les mêmes inégalités et traitements injustes, malgré les rapports internationaux et internes des dernières années réclamant le traitement humain et le soutien des prisonniers noirs.
En dévoilant les dures réalités auxquelles font face les personnes noires au sein du système de justice pénale du Canada, cette étude met au jour le racisme omniprésent qui imprègne chaque facette du processus. Des déterminants sociaux à la réinsertion sociale, les témoignages des prisonniers noirs dépeignent un système gangrené par des inégalités et des préjugés raciaux. À l’intérieur des murs des prisons se dessine un cruel portrait de cycles générationnels d’incarcération pour les détenus comme le personnel, dans lequel le système juridique fonctionne comme une entreprise lucrative et victimise la communauté noire de manière démesurée. Le Canada, souvent perçu comme étant poli et agréable en surface, abrite un système juridique qui reprend la mentalité oppressive de son frère plus franc, les États-Unis. Si le complexe industriel carcéral des États-Unis profite de l’incarcération des pauvres et des innocents (surtout des personnes noires, dans une mesure disproportionnée), le Canada est aux prises avec un problème différent, mais tout aussi insidieux : l’inégalité systémique et le mauvais traitement de sa population noire. Dans ce contexte d’inégalité, l’étude met au jour une triste vérité : une personne blanche est perçue par les agents du système de justice pénale comme un membre de la famille potentiel, alors qu’une personne noire est étiquetée comme membre d’un gang, mécomprise et perçue comme un animal. Ce fait souligne l’hypocrisie du système et démontre qu’il perpétue les stéréotypes, tout en nuisant activement à la réhabilitation des personnes noires. L’abus d’étiquettes de gang et le manque de soutien alimentent l’oppression et perpétuent un cycle où il y a peu d’espoir que des changements positifs soient opérés. Un système qui emprisonne des personnes noires sans les réhabiliter.
« Personne ne peut prétendre connaître vraiment une nation, à moins d’avoir vu l’intérieur de ses prisons. Une nation ne doit pas être jugée selon la manière dont elle traite ses citoyens les plus éminents, mais ses citoyens les plus faibles. » – Nelson Mandela
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