Section 3. Constats

Le sondage, qui comportait neuf questions à choix multiples, a été distribué en anglais et en français aux détenus du programme de réintégration et de défense des intérêts de DESTA. Chaque question offrait aux répondants la possibilité d’expliquer leur choix de réponse. La présente section fait état des résultats et contextualise les constatations de la recherche en se fondant sur les réponses fournies durant les discussions communautaires en table ronde. La première source de contexte est le profil des répondants. Sont ensuite présentés les questions du sondage et les réponses obtenues, de même que les thèmes établis à partir des discussions en table ronde, qui permettent de comprendre les principales recommandations et répercussions. En ce qui a trait aux questions du sondage, les répondants devaient sélectionner en ordre de priorité trois recommandations dans chacun des domaines thématiques.

3.1 Profil des répondants

3.2 Résultats du sondage sur la police

Dans le cadre de la question sur la police, les répondants devaient sélectionner trois des recommandations suivantes :

Voici les trois principales recommandations sélectionnées par les répondants :

Les répondants pouvaient également fournir des recommandations supplémentaires. Les commentaires suivants ont ainsi été recueillis :

3.3 Résultats du sondage sur les tribunaux et les lois

Dans le cadre de la question sur les tribunaux et les lois, les répondants devaient sélectionner trois des recommandations suivantes :

Voici les trois principales recommandations sélectionnées par les répondants :

Les répondants pouvaient également fournir des recommandations supplémentaires. Les commentaires suivants ont ainsi été recueillis :

3.4 Résultats du sondage sur le système correctionnel

Dans le cadre de la question sur le système correctionnel, les répondants devaient sélectionner trois des recommandations suivantes :

Voici les trois principales recommandations sélectionnées par les répondants :

Les répondants pouvaient également fournir des recommandations supplémentaires. Les commentaires suivants ont ainsi été recueillis :

3.5 Résultats du sondage sur la réintégration

Dans le cadre de la question sur la réintégration, les répondants devaient choisir trois des recommandations suivantes :

Voici les trois principales recommandations sélectionnées par les répondants :

Les répondants pouvaient également fournir des recommandations supplémentaires. Les commentaires suivants ont ainsi été recueillis :

3.6 Résultats des discussions en table ronde

Une table ronde communautaire a été organisée par l’intermédiaire de la campagne KYR de DESTA afin de mieux comprendre les expériences des membres des communautés noires avec le système de justice pénale canadien. Ces discussions visaient également à contextualiser les réponses au sondage. La présente section résume les observations des membres de la communauté qui se sont inscrits à la consultation et ont consenti à y participer. Les discussions étaient articulées autour des cinq piliers de la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires :

Trois thèmes principaux sont ressortis des réponses relativement aux thèmes susmentionnés : 1) le besoin de renforcer la responsabilité des agents d’application de la loi; 2) le besoin d’opérer plus de changements institutionnels au lieu de dépendre uniquement des changements communautaires; et 3) de la frustration à l’égard de la collecte de données sur les communautés noires dans le cadre des projets gouvernementaux. La majorité des thèmes mentionnés venaient du désir de bon nombre des répondants d’avoir un sentiment d’appartenance à leur pays ainsi que de leur crainte et de leur sentiment d’impuissance lorsqu’ils signalent leurs propres cas à la police.

La majorité des répondants ont indiqué que le défaut des lois provinciales et fédérales de tenir les personnes détenant un pouvoir judiciaire ou d’application de la loi responsables de leurs actes de racisme contribue fortement aux expériences fréquentes et désagréables des personnes noires avec le système de justice pénale. Des répondants ont dit que les actes de racisme délibérés, surtout ceux commis par les agents de police, doivent faire l’objet d’accusations criminelles. Étant donné que les taux d’incarcération au sein des populations noires et autochtones sont beaucoup plus élevés que pour les autres groupes ethniques, la plupart des répondants étaient d’avis que les expériences négatives avec le système de justice pénale étaient attribuables au racisme systémique. Tous les répondants ont jugé que les principales recommandations les plus couramment suggérées dans les études sur la lutte contre la surreprésentation des personnes noires dans le système de justice pénale (consulter l’annexe A du cadre de la Stratégie) étaient unilatérales et fondées sur une interprétation erronée du corps noir et des communautés noires. Les répondants ont soutenu que les recommandations devaient consister en l’examen des pratiques d’application de la loi (politiques pour les agents de libération conditionnelle, répercussions du profilage ethnique et des idéologies de la police), de la culture institutionnelle (préjugés et pratiques discriminatoires dans les écoles, les hôpitaux et l’embauche) et des systèmes et documents juridiques du Canada (reconnaissance et protection constitutionnelles des groupes noirs), tous des éléments qui, selon les répondants, traitent les personnes noires injustement et les déshumanisent. Certains répondants ont mentionné que les recommandations imposaient aux communautés noires le fardeau de régler le problème de racisme systémique, alors que la tâche devrait revenir au système lui-même. Enfin, plusieurs répondants ont raconté leurs interactions négatives avec des policiers et ont affirmé qu’ils craignaient de signaler des crimes à la police. Une crainte et une négativité semblables ont été exprimées par rapport au fait que les personnes noires sont souvent perçues comme les méchantes et qu’elles peuvent être victimes de harcèlement ou de représailles sans protection concrète.

Au sujet de la collecte de données, les répondants ont mentionné plusieurs exemples de cas où le gouvernement les a consultés, mais où ils n’ont vu aucune solution concrète être mise en œuvre, outre des mesures pour régler les problèmes économiques et les problèmes de santé mentale au sein des communautés noires. Certains ont indiqué que le gouvernement « consultait excessivement » les communautés noires sans que des mesures soient mises en œuvre pour elles et sans que des changements soient apportés aux lois. Plusieurs répondants se sont dits frustrés par le fait que le gouvernement crée des projets de mobilisation communautaire pendant lors des tragédies au sein des communautés noires, mais qu’il tarde à leur présenter les résultats. Dans ces situations, les communautés ont souvent l’impression d’être maintenues dans l’ignorance quant à l’utilisation véritable de leurs récits, de leurs opinions et de leurs expériences. De plus, tous les répondants ont réclamé plus de structure dans la consultation des communautés aux fins de collecte de données. Cette structure devrait tenir compte des coûts associés à la consultation de grands groupes communautaires sur des expériences difficiles, du moment où sont menées ces consultations et des mécanismes pour informer les communautés des résultats finaux et de la mise en œuvre des constatations.

Selon les répondants, les problèmes systémiques au sein du système de justice pénale découlent du fait que les jeunes noirs ne sont pas autorisés à vivre pleinement leur jeunesse. De nombreux répondants ont donné l’exemple de leurs enfants qui grandissent dans des quartiers où la police a l’ordre de cadenasser les terrains de basketball, imposant des règles oppressives et contrôlant les moments où les enfants peuvent jouer. Bon nombre de répondants ont dit que leurs enfants, et eux-mêmes lorsqu’ils étaient jeunes, sont perçus comme étant des délinquants et traités comme des adultes et sont ainsi poussés vers l’incarcération. La nature délibérée et systémique du contrôle policier sur les loisirs, le plaisir, le sport et la communauté au sein des quartiers noirs a été exposée par plusieurs répondants comme étant un élément déclencheur du gangstérisme et de la criminalité chez les jeunes noirs, qui, selon eux, cherchent un sentiment d’appartenance. En outre, plusieurs répondants ont mentionné l’absence de supervision d’un adulte dans les familles noires comme étant un autre catalyseur des interactions des jeunes avec le système de justice pénale. De nombreux répondants ont attribué cette absence à la monoparentalité et à l’insécurité d’emploi dans les quartiers ayant une forte population noire. Sans la supervision d’un adulte et en raison de l’obstruction des activités récréatives et communautaires, plusieurs jeunes noirs se retrouvent sans modèles ni exemples positifs et sans débouchés dans leur environnement et risquent donc de se tourner vers des comportements et des groupes criminels.