OPINIONS DU PUBLIC AU SUJET DE LA LOI ANTITERRORISTE (ANCIENNEMENT PROJET DE LOI C-36), ÉTUDE QUALITATIVE

3. ANALYSE DÉTAILLÉE


3.0 ANALYSE DÉTAILLÉE

3.1 Perspectives sur le terrorisme

3.1.1 Connaissance d'incidents terroristes au Canada avant le 11 septembre

On a demandé aux participants s'ils pouvaient citer des actes terroristes survenus au Canada avant le 11 septembre 2001. Beaucoup de participants, dans toutes les villes et dans les deux groupes d'âge, ont parlé de la Crise d'octobre de 1970. Dans la plupart des cas, c'était la première idée énoncée. Les participants du groupe 2, en particulier, se souvenaient que " quelques personnes " avaient été enlevées et tuées durant cette crise. La plupart des participants de plus de 40 ans se rappelaient la Loi sur les mesures de guerre et se souvenaient d'avoir vu, eux-mêmes ou en photo, l'armée dans les rues de Montréal.

En outre, quelques participants ont fait mention de la tragédie d'Air India, que l'on trouve actuellement en manchette en raison du procès en cours concernant l'attentat à la bombe commis lors d'un vol de cette compagnie aérienne, ainsi que de l'arrestation aux États-Unis d'Ahmed Ressam, un terroriste qui planifiait un attentat à la bombe à l'aéroport de Los Angeles pour le tournant du millénaire. Bien que l'écrasement de l'avion Air India n'ait pas eu lieu au Canada, beaucoup considèrent qu'elle a un lien étroit avec le Canada.

Certains participants n'étaient pas sûrs de la définition exacte de " terrorisme ". À Montréal, Québec, Halifax et Winnipeg, certains participants ont parlé du massacre de plusieurs femmes par Marc Lépine à l'École polytechnique à Montréal. Certains participants du groupe 1 à Vancouver et du groupe 2 à Regina ont parlé des cas d'intimidation et de coups de feu tirés dans des écoles comme étant des actes terroristes. Certains participants du groupe 1 à Vancouver ont également parlé des " attaques en bande " comme des actes de terrorisme. En effet, ces personnes estimaient que ces actes faisaient régner la terreur dans les cours d'école et les milieux résidentiels.

Les Hell's Angels ont également été nommés par des participants d'Ottawa, Winnipeg, Montréal, Québec, Regina et Vancouver comme constituant peut-être un groupe terroriste. Encore une fois, certains participants n'étaient pas sûrs de la définition exacte de" terroriste " ou d'" acte terroriste ", mais ils considéraient que les Hell's Angels pouvaient être considérés comme des terroristes.

Des terroristes, c'est des gens qui veulent faire du mal. Ce n'est pas juste religieux. C'est un groupe de personnes qui sont absolument contre une situation ou un groupe quelconque. Comme les Hell's Angels, par exemple, qui commettent de mauvais actes et qui veulent avoir le contrôle de l'argent. (Québec, groupe 2)

Quelques participants des groupes de Montréal, Québec et Vancouver ont indiqué que la crise d'Oka, pendant laquelle les Mohawks ont voulu faire valoir leurs droits sur un territoire, ressemblait à un acte terroriste au Canada.

Certains participants ont indiqué que si les attentats terroristes commis au Canada semblaient relativement peu fréquents, le Canada est cependant considéré par les terroristes comme un " refuge " ou comme la " porte d'entrée " d'autres pays comme les États-Unis.

Bien que les exemples qui précèdent montrent que les participants étaient au courant d'incidents terroristes survenus sur le sol canadien, beaucoup de participants ont dû réfléchir pendant un certain temps avant de citer des exemples (sauf pour la Crise d'octobre).

3.1.2 Connaissance d'incidents terroristes hors du Canada après le 11 septembre

Tous les participants, dans les deux groupes d'âge et dans toutes les villes, pouvaient citer au moins un incident terroriste survenu hors du Canada après le 11 septembre 2001. Beaucoup de participants ont indiqué qu'ils savaient qu'il y avait des incidents presque tous les jours au Moyen-Orient (dans des pays comme l'Irak, l'Afghanistan et Israël). Ils étaient particulièrement au courant d'attentats-suicides à la bombe et d'attaques des troupes et des ambassades de la coalition. En général, le terrorisme survenu hors du Canada après le 11 septembre 2001 était associé au Moyen-Orient.

Toutes les semaines, on dirait qu'il y a un attentat terroriste quelque part. Ce n'était pas comme ça avant le 11 septembre. C'est presque quotidien. (Montréal, groupe 2 francophone)

Certains participants ont fait état de l'attentat à la bombe à Bali, de l'incident au théâtre de Moscou et de l'attentat à la bombe dans le métro de Paris. Quelques participants d'Ottawa, de Montréal et de Québec ont mentionné l'incident des tireurs fou de Washington et la panique à la maladie du charbon qui a saisi la capitale américaine après le 11 septembre 2001. Quelques participants ont fait état du drame d'Oklahoma City, mais on leur a rappelé que cet événement avait eu lieu avant le 11 septembre 2001.

Certains participants de Vancouver, Montréal et Ottawa ont cité le cas du " terroriste aux chaussures piégées ", mis en détention après avoir tenté de faire sauter une bombe dans un avion en provenance de l'Angleterre à destination des États-Unis.

Beaucoup. Tous les jours en Irak. Le gars aux chaussures piégées sur British Airways. En Turquie. Toutes les semaines en Israël. (Montréal, groupe 2 francophone)

Certains participants avaient du mal à définir le terrorisme. Ainsi, à Toronto, Montréal, Vancouver et Halifax, on a cité l'IRA comme groupe éventuellement terroriste. À Halifax et à Québec, certains participants du groupe 1 ont commencé par dire qu'à leur avis, George Bush et l'armée américaine devraient être considérés comme des terroristes pour leur action au Moyen-Orient (c.-à-d. la guerre en Irak).

Selon toute apparence, les participants ont eu plus de facilité à nommer des incidents terroristes survenus hors du Canada après le 11 septembre 2001 que d'en citer qui sont survenus en sol canadien avant cette date. Ce fait s'explique probablement par le grand nombre d'incidents ayant lieu hors du Canada et par l'importance accordée par les médias à ces événements. Il n'en demeure pas moins que dans bien des cas, les souvenirs des participants étaient assez confus.

Il y a eu un hôtel qui a failli être attaqué en Afrique, mais je ne me souviens plus dans quel pays. (Ottawa, groupe 1 francophone)

Ça arrive tous les jours, alors on devient insensible. On se dit plus ou moins : " Bon, encore une bombe, encore une autre ville. Ça ne nous touche pas, et c'est dommage, car j'ai des amis du Moyen-Orient, et eux, ça les touche. " (Ottawa, groupe 1 anglophone)

3.1.3 Probabilité d'un attentat terroriste au Canada

Lorsqu'on interroge les participants sur la probabilité qu'un attentat terroriste se produise au Canada d'ici deux ans, le consensus veut que cette probabilité soit faible, voire très faible. Quelques participants ont cependant déclaré que " tout est possible " de nos jours. Ils ne croyaient pas qu'un attentat fût probable ni imminent, mais ils croyaient que quelque chose pouvait arriver.

Quand on leur demande pourquoi ils considèrent que les risques d'attentat sont faibles, les participants donnent principalement les raisons suivantes : le Canada est considéré comme un pays pacifique; le gouvernement du Canada a refusé de se joindre aux États-Unis dans la guerre contre l'Irak; le Canada représente une importance stratégique relativement faible pour les terroristes. Autrement dit, certains participants estiment que les terroristes n'auraient pas beaucoup à gagner en s'en prenant au Canada, puisque le Canada est considéré comme neutre sur la question de la guerre et " n'est pas dans la ligne de mire " en général, ce qui en fait une cible peu probable pour les terroristes.

Lorsque les gens parlaient de terrorisme dans ce contexte, ils pensaient principalement, sinon exclusivement, aux actions posées par des extrémistes du Moyen-Orient, surtout à la lumière des événements du 11 septembre 2001.

Quelques anglophones de Montréal ont toutefois indiqué qu'à leur avis, le plus grand risque, quoique relativement faible, pourrait venir des extrémistes séparatistes, faisant référence à un groupe accusé d'avoir commis des attentats à la bombe contre des cafés Starbucks il y a quelques années lorsque Starbucks a refusé d'afficher son nom en français.

S'il y a un autre référendum du Québec contre le Canada, c'est une possibilité (le déclenchement d'activités terroristes). (Montréal, groupe 2 anglophone)

En général, les francophones de Montréal et de Québec étaient encore moins enclins que les anglophones à croire à la possibilité d'une attaque au Canada par des terroristes étrangers.

Certains participants de Vancouver, dans les deux groupes, estimaient que les Jeux olympiques de 2010 (qui auront lieu dans cette ville) pourraient être l'occasion d'un attentat terroriste, mais ils ajoutaient que la principale cible de ces attaques ne serait ni le Canada ni des Canadiens. Ils considéraient plutôt les Olympiques de Vancouver comme un lieu d'attentat potentiel contre un autre pays, éventuellement les États-Unis.

Chez les participants de l'Ontario, de Halifax et des provinces de l'Ouest, les opinions étaient partagées. Certains estimaient que " tout est possible " de nos jours, surtout à la lumière des événements du 11 septembre 2001. Ces participants croyaient que les terroristes pourraient attaquer le Canada pour " envoyer un message " aux États-Unis et aux autres pays de la coalition.

Certains ont indiqué que même si le Canada était peu susceptible de servir de cible, il n'était pas exclu que des terroristes s'en servent comme base ou comme " tremplin " pour entrer aux États-Unis et y perpétrer des attentats, comme le donne à penser le cas Ahmed Ressam.

Cependant, certains participants craignaient que si le gouvernement fédéral de Paul Martin se rapprochait des États-Unis dans sa politique étrangère, comme plusieurs le supposaient, les risques pourraient augmenter. Ces participants avaient le sentiment que tant que le Canada n'est pas vu comme trop proche des États-Unis, il sera à l'abri des attentats terroristes, car les États-Unis sont considérés comme une cible importante, sinon la cible principale, des terroristes.

Quelques participants jugent que le Canada pourrait être une cible parce qu'à leur avis, le Canada ne prend pas des mesures assez rigoureuses pour se protéger. Plus précisément, quelques participants du groupe 2 à Halifax, Ottawa, Montréal et Québec considèrent que les mesures de sécurité du Canada sont faibles; ils estiment que nos moyens de défense actuels sont nettement insuffisants, voire inexistants, si jamais des terroristes décidaient d'attaquer le Canada.

En outre, quelques participants estimaient que, tout comme des terroristes se sont déjà cachés au Canada dans le passé, il serait facile d'organiser un attentat terroriste au Canada. D'autres participants ont réfuté cette idée, estimant que les terroristes ne voudraient pas compromettre la possibilité qu'ils ont de se servir du Canada comme refuge ou comme point de ralliement.

D'autres participants ont nettement réfuté l'idée voulant que le Canada ait constitué un " tremplin " ou un " terreau " pour les terroristes.

Quelques jeunes participants à Halifax ont déclaré que compte tenu de la relative facilité avec laquelle les États-Unis sont entrés en Irak, et compte tenu que ce pays ne tient pas compte de la position des Nations Unies, ils ne considèrent pas comme exclu que les États-Unis débarquent au Canada en cas de conflit entre nos deux pays.

Les participants des petites villes comme Regina ou Halifax ont déclaré qu'ils considéraient qu'Ottawa ou Toronto étaient sans doute plus menacées que leur ville en raison de leur plus grande taille et des cibles politiques et financières qui s'y trouvent.

Certains participants de Calgary, Regina et Vancouver ont fait référence à un article de journal selon lequel Ottawa constituait une cible pour les terroristes; d'après eux, le Canada pourrait très bien être une cible du terrorisme à l'avenir.

Assez probable. Ottawa a été une cible. (Regina, groupe 2)