3. Considérations
Il existe un certain nombre de considérations générales qui sont essentielles pour mettre en place des relations respectueuses et efficaces. Certaines d’entre elles sont brièvement présentées ici, avant d’aborder les modèles, car il est important de les garder à l’esprit lors de l’examen de chaque modèle.
Intersectionnalité : Une approche intersectionnelle reconnaît les identités et les expériences diverses et croisées des personnes en fonction de leur origine ethnique, de leur culture, de leur langue, de leur genre, de leur religion, de leur handicap, de leurs revenus, du lieu géographique et de nombreux autres facteurs. Elle met également en évidence le fait que les systèmes sociaux, économiques, politiques et judiciaires affectent ces personnes différemment selon leur position au sein de cet ensemble complexe d’identités et selon l’interaction de ces systèmes. Cette approche comprend également la reconnaissance de la diversité des identités au sein de chacune des quatre communautés désignées et de leurs recoupements. Par exemple, la communauté noire comprend des personnes dont les racines se trouvent dans divers pays et diverses cultures, tant celles qui vivent au Canada depuis plusieurs générations que celles qui sont arrivées plus récemment. Les communautés autochtones comprennent trois peuples distincts : les Premières Nations, les Inuit et les Métis, dont les expériences sont diverses selon qu’ils vivent dans leurs communautés d’origine ou en milieu urbain.
Oppression systémique : Reconnaître les facteurs systémiques qui façonnent l’expérience de chaque communauté à l’égard du système de justice pénale, y compris en tant que victimes d’actes criminels. Il s’agit notamment d’injustices historiques qui ont des répercussions intergénérationnelles. Bon nombre de ces formes historiques de préjudice perdurent aujourd’hui sous une forme ou une autre, notamment dans les lois, les politiques et les pratiques institutionnelles. Certaines d’entre elles sont décrites ci-dessous.
Le colonialisme et les traumatismes intergénérationnels au sein des communautés autochtones, notamment les conséquences du système des pensionnats et la destruction des cultures autochtones (langue, lois, gouvernance, relations, savoirs et pratiques), ont causé des souffrances généralisées; la police et le système de justice pénale ont joué un rôle important dans ces tentatives visant à éradiquer ou à assimiler des peuples souverains. Bon nombre de ces formes systémiques de discrimination persistent aujourd’hui, notamment dans la Loi sur les Indiens et d’autres textes de loi, dans le système de protection de l’enfance, ainsi que dans l’héritage social et institutionnel de ces pratiques.
Racisme systémique : Le racisme systémique, tant historique qu’actuel, envers les communautés noires et racisées, y compris des pratiques telles que l’esclavage, la ségrégation et l’exclusion juridiques, la privation des droits civiques et d’autres formes de discrimination, a contribué à l’enracinement durable des inégalités.
Misogynie : Une oppression systémique. La discrimination économique, sociale et juridique à l’égard des femmes, la propagation d’une masculinité toxique et la perpétuation de ces préjudices au fil du temps ont contribué à la violence des hommes envers les femmes et les enfants, et ont rendu la vie des femmes plus précaire et plus exposée à cette violence.
Dans son mémoire à la Commission sur les pertes massives d’avril 2020 en Nouvelle-Écosse établie conjointement par les gouvernements fédéral/provincial, l’Avalon Sexual Assault Centre met en lumière différentes formes d’oppression, étroitement liées entre elles, et leur rôle dans la violence fondée sur le genre. Elles sont résumées dans leur déclaration ci-dessous et exposées plus en détail dans leur mémoire :
[Traduction] Les femmes, les filles et les personnes non binaires afro-néo-écossaises et autochtones subissent des taux élevés de violence fondée sur le genre en raison de facteurs comprenant, sans s’y limiter, le colonialisme, le racisme, le sexisme, l’homophobie et la transphobie. L’interaction de multiples systèmes d’oppression, liés entre autres à la situation de handicap, à la marginalisation économique, à la criminalisation et à l’isolement en milieu rural, peut accroître le risque de violence fondée sur le genre. Ils influencent également la manière dont chaque personne vit la violence fondée sur le genre et y réagit. De plus, les rapports de pouvoir, les privilèges et le silence imposé créent des conditions dans lesquelles la violence fondée sur le genre peut se produire sans être remise en question. (Fifeld et al, s.d.)
Cain et ses collaborateurs soulignent les répercussions du racisme historique sur la vulnérabilité actuelle des femmes noires en matière de violence sexuelle :
[Traduction] Il est impossible de dissocier les réalités actuelles de la violence sexuelle vécues par les Afro-Néo-Écossais de l’héritage de la traite transatlantique des esclaves et du racisme systémique persistant.
Depuis le viol des femmes noires jusqu'à la castration et au contrôle sexuel des hommes noirs pendant l’esclavage, ces pratiques ont engendré des traumatismes intergénérationnels et des stéréotypes raciaux destructeurs. L’histoire de l’esclavage, de la ségrégation raciale et de l’oppression des Afro-Canadiens au Canada a laissé un héritage de racisme systémique en Nouvelle-Écosse.
Le racisme systémique, qui englobe la pauvreté, un taux d’incarcération disproportionné, la discrimination et une absence de représentation dans le monde du travail et les établissements d’enseignement, combiné aux traumatismes intergénérationnels et aux stéréotypes raciaux, rend les Afro-Néo-Écossais plus vulnérables à la violence sexuelle. (Cain et al, 2021)
Conséquences collectives du deuil : Les communautés autochtones et noires, en particulier, ont connu un nombre élevé de décès violents, qui se sont produits au sein de communautés dont les membres sont étroitement liés. Sharpe et ses collaborateurs ont décrit une pandémie mondiale de deuils liés à des homicides au sein de la communauté noire.
[Traduction] Le deuil lié à un homicide est un phénomène mondial. Une dynamique de racisme structurel et d’inégalités systémiques a modelé la réalité des homicides touchant les communautés noires et intensifié, au sein de la diaspora mondiale, la prévalence, la vulnérabilité, la propagation et les effets du deuil lié aux homicides. L’interaction complexe entre de multiples vulnérabilités structurelles a engendré une pandémie mondiale de deuil lié aux homicides au sein des communautés noires. (Sharpe et al, 2024)
Un article paru au Canada a mis en lumière le travail de la sénatrice Wanda Thomas Bernard, qui a mis en place des formations sur le deuil au sein de la communauté noire de Nouvelle-Écosse en adoptant une approche culturelle, à la suite du meurtre de sept hommes noirs à Halifax (Colley, 2017).
Au sein des communautés des Premières Nations, des Inuit et des Métis, le deuil est également très présent en raison des nombreux hommes, femmes et enfants perdus dans des actes de violence. Le mouvement visant à rendre hommage aux plus de 2 000 femmes autochtones disparues et assassinées a donné naissance à la Journée de la robe rouge, occasion collective de vivre le deuil et d’honorer la mémoire des personnes disparues. La communauté ressent un profond chagrin et une grande tristesse face aux nombreuses formes de perte, qu’il s’agisse des pensionnats indiens, du placement massif d’enfants dans le système de protection de l’enfance et des abus qu’ils y ont subis, ou encore des taux élevés de décès violents et d’incarcération chez les hommes et les femmes autochtones.
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