Méthodologie de mobilisation de Jaku Konbit
Les données du recensement (2021) révèlent que la région d’Ottawa-Gatineau compte la troisième plus grande population noire du pays, derrière Montréal et Toronto. Au moins 114 230 personnes dans la région s’identifient comme noires, ce qui représente 7,8 % de la population d’Ottawa-GatineauNote de bas de page 2. Si la moitié de la population noire de la province est née au Canada, les immigrants noirs de l’Ontario viennent quant à eux de 150 pays différents.
Environ 50 % sont nés dans les Caraïbes, la Jamaïque (33,9 %) étant le principal pays d’origine. L’origine jamaïcaine est également la plus fréquemment déclarée par les personnes nées au Canada. Le Nigeria, Trinité-et-Tobago, la Somalie, le Ghana et l’Éthiopie sont les cinq autres pays les plus fréquemment déclarés par les immigrants noirsNote de bas de page 3.
En moyenne, la population noire est plus jeune que la population totale du Canada. En 2021, l’âge médian de la population noire était de 30,2 ans. Plus de 25 % de la population noire a moins de 15 ans, alors qu’elle représente 16,5 % de la population totale. À l’autre extrémité du spectre des âges, 7,4 % de la population noire est âgée de 65 ans et plus, ce qui est inférieur à la moyenne nationale. Compte tenu de cette diversité, Jaku Konbit a adopté une approche multidimensionnelle pour s’assurer de recueillir le plus grand nombre de points de vue possible.
Jaku Konbit a eu recours aux moyens suivants pour faire ses communications et entrer en contact avec les personnes :
- un communiqué de presse dans les langues officielles du Canada;
- des affiches de marque et des représentations graphiques de différentes tailles, en format électronique et imprimé;
- des publications sur les médias sociaux (Twitter, Facebook, Instagram et LinkedIn);
- un envoi direct de courriels via Mail Chimp à une liste d’adresses plus de 600 personnes, élaborée sur mesure;
- des appels téléphoniques directs ainsi que des appels de suivi, au besoin.
Jaku Konbit s’est efforcé de mobiliser la communauté en personne et virtuellement, afin d’inclure les personnes qui assument diverses fonctions familiales et sociétales. Par exemple, les vendredis après-midi, les samedis et les dimanches étaient considérés comme des jours de faible participation compte tenu des croyances religieuses de certains participants. De même, il était nécessaire de prévoir un lieu pour les prières. Les participants et les hôtes/facilitateurs ont reçu une compensation financière.
Nous avons envoyé des invitations à un échantillon de 125 personnes réparties dans les catégories suivantes :
- 25 jeunes noirs qui ont été victimes d’un crime ou qui ont eu une forme d’interaction avec le système de justice pénale ou avec la police;
- 20 adultes noirs qui ont des interactions avec le système judiciaire;
- 20 policiers noirs qui travaillent dans les services correctionnels;
- 20 avocats noirs qui travaillent dans le domaine de la justice;
- 25 fournisseurs de services professionnels (travailleurs sociaux, travailleurs correctionnels) qui travaillent avec les jeunes et les familles qui ont à traiter avec le système judiciaire;
- 15 organismes et partenaires communautaires qui apportent un soutien aux jeunes et aux familles.
En outre, Jaku Konbit a désigné des organismes communautaires de la région de la capitale nationale ou des partenaires communautaires pour participer à nos processus de consultation communautaire. Il s’agit des organismes suivants :
- Bureau des services à la jeunesse
- BGC Ottawa – Club des garçons et filles – Programme Communautaire de Déjudiciarisation pour les jeunes d’Ottawa
- African Canadian Association of Ottawa
- Centre de santé communautaire Pinecrest-Queensway
- La Fondation de l’aide à l’enfance d’Ottawa
- Muslim Family Service of Ottawa
- Le Regroupement Ethnoculturel des Parents Francophones de l’Ontario
- Africa Development Network (francophone)
- Nord Sud Développement – Racines et Cultures Canada
- Le Centre somalien pour les services à la famille
- Somerset West – Centre de santé communautaire
- BIA Media/AEPNOG – Association des entrepreneurs et des professionnels noirs d’Ottawa-Gatineau
- Justice pour Abdirahman
- Agents correctionnels
- John Howard Society
- Youturn – Services d’appui à la jeunesse
- Réseau des professionnels noirs
- Youth Evolution Mentoring
- Chercheurs africanadiens
- Suradway Parents’ Association of Ottawa
- The Therapeutic Guide
- Association jamaïquaine d’Ottawa
- Umoja Black Community Engagement Program – Université Carleton
Nous avons utilisé trois modes de mobilisation :
- sondage en ligne;
- tables rondes : Jaku Konbit a élaboré des questions personnalisées pour les groupes de discussion (de 15 à 20 personnes par groupe);
- entretiens avec des informateurs clés : les organismes d’accueil et Jaku Konbit ont mené des entretiens de suivi avec 10 personnes, en présentiel ou par téléphone.
Nous avons tenu des séances en personne et en ligne. Les personnes qui ne pouvaient pas assister à une séance de groupe pouvaient répondre au sondage en ligne. Une centaine de participants ont participé à l’une ou l’autre des activités de mobilisation suivantes organisées dans la région d’Ottawa-Gatineau :
- 5 séances de groupe en personne;
- 1 séance de groupe virtuelle/en ligne;
- 34 sondages en ligne;
- entretiens avec 8 organismes communautaires.
Les graphiques suivants concernent les données démographiques des participants ayant répondu au sondage en ligne uniquement.
Figure 1 – Version texte
34 réponses
- Jeunes Noirs de 16 ans ou plus qui ont eu des interactions pertinentes avec la justice pénale (20.60 %)
- Membres de la famille ou amis noirs de personnes noires ayant des interactions pertinentes.... (14.70%)
- Adultes noirs qui ont eu des interactions pertinentes avec le SJP (28.50 %)
- Les policiers noirs qui travaillent au sein... (17.60%)
- Avocats noirs qui travaillent au sein de la... (1%)
- Prestataires de services professionnels (travailleurs sociaux...) (8.80%)
- Des étudiants qui sont impliqués dans les études noires…(8.80 %)
Figure 2 – Version texte
34 réponses
- Interaction avec la police et les forces de l’ordre (67.60%)
- Être accusé d’un crime (14.70 %)
- Être reconnu coupable d’un crime (14.70%)
- Aller en prison (2.90%)
- Traiter avec les autorités de l’immigration (5.90 %)
- Être victime d'un acte criminel (11.80%)
- Être témoin devant le tribunal (8.80 %)
- Victime d'un crime haineux (17.60 %)
- Travailler dans le système de justice (... 6 (17.60 %)
- Tentative de travailler dans le système judiciaire... (8.80 %)
- Travailler dans les services sociaux ou... (29.40 %)
Figure 3 – Version texte
34 réponses
- Oui (44.10%)
- Non (55.90%)
Analyse des données
Après chaque séance de mobilisation, les facilitateurs et les interviewers ont préparé un rapport et l’ont présenté à l’équipe de recherche Jaku Konbit. Les rapports comprenaient les réponses aux questions de mobilisation fournies dans le cadre de la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires et des renseignements sur la séance (p. ex., le nombre de participants, la langue, les observations, etc.) Les sondages et la compilation des résultats ont été réalisés au moyen de formulaires Google. Nous avons utilisé des questions ouvertes pour permettre aux participants d’exprimer ce qu’ils ressentaient vraiment. Les facilitateurs ont documenté les réponses afin de garantir l’exactitude de la représentation des points de vue des participants.
L’équipe de recherche a cerné la façon dont les communautés noires de la région d’Ottawa-Gatineau perçoivent le système judiciaire canadien, leurs hypothèses et leurs préoccupations concernant leur traitement lorsqu’elles interagissent avec le système, ainsi que leurs idées sur la façon d’éliminer les obstacles systémiques et d’améliorer la prestation des services et des programmes judiciaires. Nous avons consulté les recherches existantes pour mieux comprendre la façon dont les idées et les suggestions des participants peuvent s’appliquer aux réformes et aux rajustements du système judiciaire canadien. En ce qui concerne les piliers du cadre de la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires (déterminants sociaux de la justice, maintien de l’ordre, tribunaux et dispositions législatives, services correctionnels, réinsertion et réintégration), un thème récurrent était le manque apparent de respect envers les communautés noires de la part des membres du système judiciaire et le fait qu’un historique de colonialisme, de préjugés raciaux et de dynamique du pouvoir contribue à un maintien de l’ordre excessif et à un recours excessif à la force, à une surcriminalisation et à une incarcération excessive des personnes noires canadiennes.
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