Constatations générales

Selon l’Enquête sociale générale de 2020 sur l’identité sociale, une personne noire ou autochtone sur cinq n’a pas ou peu confiance en la police, soit le double de la proportion observée chez les personnes qui ne sont ni autochtones ni issues d’une minorité visibleNote de bas de page 4. D’après ce qui est ressorti des séances de mobilisation, un manque de confiance existe non seulement dans les relations avec la police, mais aussi dans les relations avec les tribunaux, les agents correctionnels et les autres intervenants du système judiciaire. Voici ce que nous avons entendu lorsqu’il a été demandé aux participants de décrire leurs expériences ou celles des membres de leur famille lors de leurs interactions avec le système judiciaire :

À la question « Comment vos expériences ont-elles eu une influence sur l’opinion que vous vous faites du système judiciaire ? », de nombreux participants ont décrit une érosion de la confiance envers le système judiciaire.

Les participants ont souligné que le manque de compétences interculturelles des acteurs du système judiciaire constituait un obstacle majeur à l’accès des personnes noires à la justice. Ils ont également indiqué que les disparités socioéconomiques et les déterminants sociaux de la justice n’étaient pas pris en compte dans les interactions avec le système. Les jeunes et les adultes noirs ont souligné l’importance de la formation à la lutte contre le racisme, de la communication interculturelle et d’autres initiatives éducatives à l’intention de la police, des juges et des agents de probation, afin de lutter contre les préjugés au sein du système judiciaire. En outre, certains participants ont mentionné que les idées préconçues sur les jeunes noirs en tant que menaces entravaient les possibilités de carrière dans les forces de l’ordre, en particulier pour les noirs et les musulmans.

Résumé des émotions ressenties par les personnes noires canadiennes lorsqu’elles interagissent avec le système judiciaire (en anglais seulement).
Résumé des émotions ressenties par les personnes noires canadiennes lorsqu’elles interagissent avec le système judiciaire (en anglais seulement).
Figure 4 - Version texte (Traduction)
  • Nerveux
  • Pensif
  • Vulnérable
  • Contrarié
  • Frustré
  • Morose
  • Coupable
  • Effrayé
  • Absorbé
  • Peur
  • Abattu
  • Déchiré
  • Accaparé
  • Soulagement
  • Bouleversé
  • Inquiet
  • Anxieux
  • Surpris
  • Regretté
  • Découragé
  • Triste
  • Préoccupé
  • Exaspéré
  • Émotif
  • Surpris
  • Regretté
  • Choqué
  • Empathie
  • Colère

Validation des cinq piliers du cadre de la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires

Malgré l’abondance des recommandations, il n’y a pas de compréhension globale de l’expérience des personnes noires canadiennes par rapport au système judiciaire, notamment en raison du manque de données désagrégées et de la sous-représentation des personnes noires parmi les avocats, les juges et les décideurs du monde juridique.

Jaku Konbit a cherché à recueillir directement le point de vue des personnes noires sur les recommandations qui ont été formulées pour les cinq piliers pour remédier à la surreprésentation des personnes noires dans le système de justice pénale, y compris en tant que victimes d’actes criminels, et sur d’autres solutions pour améliorer l’expérience des personnes noires par rapport au système judiciaire. Lorsqu’on leur a demandé s’ils appuyaient les recommandations du cadre, la grande majorité des participants ont répondu par l’affirmative. Cependant, ils ont mis en doute l’engagement du gouvernement à changer, car de nombreuses recommandations, ainsi que l’enjeu lui-même, remontent de plusieurs décennies. D’autres ont souligné la nécessité d’une approche systémique : l’amélioration des services de police ne peut se faire sans tenir compte des déterminants sociaux de la justice.

Pour les cinq piliers, les participants ont été invités à voter sur l’efficacité perçue des recommandations du cadre pour lutter contre le racisme envers les personnes noires dans le système judiciaire. Les participants ont ensuite été invités à faire des recommandations aux fins d’examen. Ces recommandations sont résumées ci-dessous.

Déterminants sociaux de la justice

91,2 % des personnes interrogées pensent que les recommandations du cadre contribueront à réduire la présence des personnes noires dans le système judiciaire.

Services de police

85,3 % des répondants pensent que les recommandations du cadre contribueront à réduire les interactions négatives entre les personnes noires et la police.

Tribunaux et dispositions législatives

85,3 % des répondants pensent que les recommandations du cadre contribueront à réduire l’incarcération excessive des personnes noires.

« Mon avocat, qui est blanc, voulait que je dise que j’étais coupable d’un crime que je n’avais pas commis. Mon cas était sans cesse reporté sans raison. Personne en position d’autorité n’est noir et mon avocat semble travailler à l’encontre de mes intérêts. Tous les jurés, sinon la plupart, sont blancs, toujours. Ce n’est pas ce qu’on appelle un jury composé de ses pairs. »

Système correctionnel

88,2 % des répondants pensent que les recommandations du cadre contribueront à réduire la surreprésentation des personnes noires et le racisme envers les personnes noires dans les établissements pénitentiaires.

Réintégration et réinsertion

88,2 % des répondants estiment que les recommandations du cadre aideraient les détenus noirs à se réinsérer avec succès dans la société.

Victimes et survivants d’actes criminels

Au cours des séances de mobilisation, nous avons entendu que lorsque les personnes noires se déclarent victimes d’actes criminels, elles ont moins de chances d’être crues par la police.

D’autres nous ont dit qu’en dépit d’une présence policière accrue dans leur quartier, ils ne se sentaient toujours pas en sécurité.

Conséquences de l’immigration pour les non-citoyens reconnus coupables d’un crime (expulsion)

Sous le régime de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, L.C 2001, ch. 27, les ressortissants étrangers et les résidents permanents peuvent être déclarés interdits de territoire et faire l’objet d’une mesure de renvoi en cas de condamnation pénale. Le racisme envers les personnes noires au sein du système de justice pénale a conduit à la surreprésentation des personnes noires dans le système de justice pénale. Par conséquent, l’éloignement des étrangers et des résidents permanents racisés est souvent plus important chez les personnes noires que chez les autres personnes racisées.

Au cours des entretiens avec les membres de la communauté, ceux-ci nous ont dit ce qui suit :

Collecte de données

Les participants étaient favorables à l’élargissement de la collecte de données sur les expériences des personnes noires dans le système judiciaire. Cela dit, 79,4 % des répondants au sondage craignaient que les données puissent être utilisées de façon abusive, vu la surveillance excessive des communautés noires dans le passé. Cette préoccupation est justifiée, étant donné le problème persistant de la surreprésentation des personnes noires en tant que victimes et accusées, sans qu’aucune mesure véritable ne soit prise pour s’attaquer à ses causes profondes. Les participants ont également souligné la nécessité de réaliser des vérifications de rendement et des évaluations des fournisseurs de services juridiques afin de mesurer les efforts déployés pour réduire le racisme envers les personnes noires et d’évaluer l’efficacité des mesures prises après la mise en œuvre de la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires.

Il convient de noter que le financement et les délais prévus pour la tenue des séances de mobilisation communautaire destinées à orienter la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires étaient nettement insuffisants, ce qui a entravé l’exécution complète de ces efforts de collecte de données. Jaku Konbit et d’autres organismes ont fait part de leurs préoccupations et de leurs frustrations quant au fait qu’ils disposent de moins de 70 jours pour réaliser ce travail important. En outre, le faible niveau de financement accordé pour effectuer le travail a eu pour effet de limiter considérablement les équipes de recherche et de mobilisation, ainsi que l’étendue des activités de sensibilisation de la communauté. Cela a servi à rappeler le peu de respect et d’attention accordés aux enjeux relatifs aux personnes noires.

En tant que communauté, nous ne connaissons que trop bien le fait d’être pris en compte après coup et d’être sous-financés par rapport à d’autres groupes racisés ou non, même lorsque nous sommes confrontés à des problèmes semblables aux leurs. Il s’agit là d’un autre exemple de racisme envers les personnes noires et de la manière dont ce racisme est imprégné dans la culture et les structures organisationnelles, avec pour conséquence d’empêcher des personnes bien intentionnées, y compris des personnes noires en position d’influence, de faire ce qui est juste. À l’avenir, il est impératif que la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires investisse des fonds importants et consacre les ressources et le temps nécessaires pour que les recommandations soient mises en œuvre avec succès et de manière efficace. Autrement, nous craignons qu’une stratégie visant à éliminer le racisme envers les personnes noires ne fasse que perpétuer le problème.